L'actualité du Festival de Cannes depuis 2010

Cannes, le Palmarès de la rédac à H-1

Posted on 22 mai 2016

Radio Cannes marche à plein. Et les rumeurs de retour sur la Croisette ne nous inspirent rien qui vaillent. Place à notre palmarès.

21 films, 1 palme. On l’a déjà dit ici, le Festival 2016 nous semble – à chaud, attention aux émotions du moment – un cru mineur. À l’exception peut-être, mais il faudra éprouver les films au fil des mois, de la Compétition. La catégorie reine était dense cette année, fournie, avec son lot des grands noms de retour avec de solides arguments (Almodovar, Verhoeven, Assayas), des nouveaux venus costauds à l’humeur pas très cannoise finalement (Maren Ade, Fleber Mendonça Filho). Et puis deux cas à part : le phénomène Dolan qui cristallise autour de lui tous les fantasmes et les rumeurs les plus folles (certains lui prêtent à la minute où l’on parle des dires comme quoi ce serait « La Palme ou rien !… » , et la catastrophe Sean Penn. Un souvenir impérissable…

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Elle(s) au sommet. Place au Palmarès. Notre palmarès à partir des 17 films visionnés en Compétition. Exit

Mon Palmarès

Palme d’Or
Elle (Paul Verhoeven)

Grand Prix
The Neon Demon (Nicolas Winding Refn)

Prix de la Mise en Scène
Baccalauréat (Cristian Mungiu)

Prix du Scénario
Juste la fin du monde (Xavier Dolan)

Prix du jury
Sieranevada (Cristi Puiu)

Prix d’interprétation masculine
Shia LaBoeuf (American Honey)

Prix d’interprétation féminine (ex aequo)
Sandra Hüller (Toni Erdmann)
Kristen Stewart (Personal Shopper)

Caméra d’Or
Dogs (Bogdan Matanic)

Pas vus : Moi, Daniel Blake (Ken Loach), Paterson (Jim Jarmusch), Ma’ Rosa (Brillante Mendoza), Ma Loute (Bruno Dumont)

 

Cannes 2016, comme un air de mauvais cru malgré Elle

Posted on 22 mai 2016

L’heure du bilan a sonné. Cannes 2016 se prépare à rendre son verdict ce soir avec le Palmarès du jury de George Miller et consorts.

Compétition, dernière ligne droite. Difficile de commencer sa dernière chronique sur la catégorie reine sans parler de la catastrophe The Last Face, le dernier film de Sean Penn. De mémoire de festivalier rarement on aura connu pareille hallucination. Catastrophe industrielle, histoire à l’eau de rose sous couvert de mission humanitaire au Libéria, clip boursouflé pour l’ONG Médecins du Monde, distribution lamentable, le film est une lamentation de près de 2h. Musique « africaine » signée du pompier Hans Zimmer, Jean Reno en « Dr Love »,… rien mais alors rien ne nous est épargné. La farce est telle que les rires fusaient allègrement après certaines répliques : Charlize Theron à son beau Javier Bardem « Ce n’est pas parce que tu es rentré en moi, que tu me connais vraiment » (véridique). On en passe. Dingue.

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À l’autre bout de l’échiquier, Elle de Paul Verhoeven. Variation en terre française du réalisateur Total Recall ou Starship Troopers. Virginie Efira, Laurent Laffite, Charles Berling, Anne Consigny : avec son casting de film d’auteur de seconde zone, Verhoeven perfore de l’intérieur ce genre bien hexagonal comme il l’avait en son temps avec Hollywood. En adaptant un roman de Philippe Djian et en confiant à Isabelle Huppert (dans une de ses prestations les plus hallucinatoires vues depuis longtemps) le rôle-titre, il réussit le coup parfait. Troublant, passionnant et même très drôle, Elle est de ces films qui surgissent en fin de Festival pour emporter avec lui l’enthousiasme de festivaliers sur les rotules. Sur le papier, qui aurait pu croire que Paul Verhoeven recevrait un tel accueil, alors que des Almodovar ou des Dardenne subissaient une célébration limite polie ? Elle ferait une bien belle Palme 2016. Pour clore le dossier Compétition, nous avons vu The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (Drive), film le plus stylé du Festival 2016, et sa musique d’enfer signée Cliff Martinez, avec pour cadre un Los Angeles qui n’est pas sans rappeler Mulholland Drive de Lynch. Le geste de l’un des meilleurs faiseurs du cinéma actuel. Quoiqu’un peu vain, quelques scènes de The Neon Demon feront partie des images qui nous resteront de Cannes 2016. Un long clip porn-pop-lesbo-cannibalo-érotique et sanglant et une scène finale qui pourrait bien plaire à l’ami George Miller.

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Au rayon des bons films de compétition sans vraie surprise, Baccalauréat de Cristian Mungiu et Le Client d’Asghar Farhadi. Les deux auteurs ne renouvellent pas leur genre, qui les avaient fait rois en leur temps (Cannes pour le roumain, Berlin pour l’iranien), mais quelle intelligence. Foisonnant de trouvaille et d’inventivité dans sa mise en scène (Mungiu), ou scénario implacable à la tension de ces petits riens (Farhadi), ils réussissent ce qu’ils entreprennent. Même si l’on a un vrai appétit pour Baccalauréat, le Farhadi subit un peu les désagréments d’une certaine systématisation dans sa construction narrative, surtout quand on a bien en tête Une Séparation ou Le Passé. Finissons-en avec la course à la Palme d’or en signalant un film qui aurait pu (dû ?) y participer : La Mort de Louis XIV du catalan Albert Serra. Une merveille reléguée dans les anonymes séances spéciales. Comment a-t-on pu ne pas upgrader cette allégorie versaillaise avec le mythique Jean-Pierre Léaud en roi soleil. La chronique de la chute, sa prestation n’est pas sans rappeler ce qu’avait pu faire en son temps Michel Bouquet sur les planches dans Le Roi se meurt de Ionesco. Rarement nous aurons eu l’occasion pendant ce Festival de goûter une telle langue, dans un tel écrin. Toute la folie de l’iconoclaste Albert Serra (Honor de cavalleria, Le Chant des oiseaux) au service d’un grand tableau de maître. Avec aussi l’excellent Patrick d’Assumçao (L’Inconnu du lac) en parfait Fagon.

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Un Certain Regard et Quinzaine aux abonnés absents. Celles que l’on surnomme les anti-chambres de la Compétition ont déjà délivré leurs (semblants) de Palmarès. L’occasion d’un coup d’oeil sur deux sélections très décevantes cette année. Là où la Quinzaine s’offrait l’an dernier parmi les meilleurs films français 2015 (Desplechin, Faucon, Garrel), une suprématie confirmait quelques mois plus aux César, le cru 2016 est une  À la Quinzaine, les labels partenaires (SACD et Europa Cinemas notamment) ont choisi de distinguer les films de Solveig Anspach, Sacha Wolff (l’excellent Mercenaires dont on parlé dans notre dernière chronique) et Houda Benyamina avec Divines, l’une des plus belles baudruches de ce Festival : portée aux nues par toute une frange de la presse française.

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Porté aux nues par toute une frange de la presse française, Divines ne manque pas de souffle mais ne s’évite pas les affres du sempiternel film de banlieue. En reprenant des tics récents pour aborder le sujet -on regarde ça du côté des filles comme dans Bande de filles- et malgré une première demi-heure percutante (le générique façon story Snapchat marche à plein à ce niveau-là), le film se prend les pieds dans le tapis de ses clichés de scénario (l’appât sexy pour approcher le caïd, la danse comme exutoire et métaphore du dépassement de soi, l’épilogue façon Scarface suedé) et sont autant de limites rédhibitoires.

De mémoire de festivalier, nous n’avons pas souvenir d’un niveau si faible à Un Certain Regard ou Quinzaine des Réalisateurs : pas un seul film ou presque n’aurait pu prétendre à une sélection en Compétition. Quand l’an dernier des titres de Kiyoshi Kurosawa, Brillante Mendoza, Philippe Garrel, Arnaud Desplechin, Philippe Faucon, Apichatpong Weerasethakul, tous présents dans ces (sous) sections auraient pu y prétendre.

Cannes, Jour 7 : Que vaut le nouveau Dolan ?

Posted on 20 mai 2016

Casting 5 étoiles pour l’adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde par Xavier Dolan : Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Gaspard Ulliel, la fine fleur du cinéma français s’est pressée pour se faire diriger par le jeune prodige. 

Le phénomène Dolan. À en croire les abords du Palais depuis 2 jours, Xavier Dolan est bien le chouchou de la jeune cinéphilie en culotte courte. Des propositions de prostitution masochiste, des promesses de maraboutage et de réparation d’ordinateur à distance, on aura vu un peu de tout pour essayer de se frayer un chemin vers l’une des projections de Juste la fin du monde, nouveau film du chevronné canadien (6e film déjà, et 5e à Cannes). Une folie qui n’est pas sans rappeler un certain Quentin Tarantino, dans l’hystérie qu’il peut provoquer vers une nouvelle génération de spectateurs. On parle déjà en vieux crouton mais il y a de ça. Vraiment.

Compétition. Nanar de luxe ? On peut le penser. Péjoratif ? Pas forcément. Le gars a eu le permis, disons, il y a 5 ans. Google vient de lui racheter le brevet d’une appli qu’il a bidouillé avec son pote Niels dans sa chambre. Le voilà parti acheter avec la prime à la signature une Maserati dernier cri quoiqu’un peu surfaite. On part un peu loin mais c’est l’impression que nous donne Dolan avec son casting. Avec son économie artificielle de moyens -c’est pas les décors qui vont étouffer les euros de la famille Karmitz (MK2 continue de soutenir fidèlement le cinéaste)- et un tournage éclair (commencé au lendemain même du Palmarès cannois 2015 dans lequel Dolan était juré), il montre à qui veut mieux l’entendre combien il sait – et s’est concentré à – diriger « ses » acteurs. Les 5 stars en interview n’ont d’ailleurs que ces mots-là à la bouche.

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Après le succès planétaire de Mommy en 2014 (prix du jury à Cannes), et son discours au long cours de Palme d’or, c’est peu de dire que le canadien était attendu au tournant. Parangon victimaire en chef face à la presse cannoise « qui ne l’aime pas » ou « pas assez », Dolan joue les peuchères. On serait ici mal placé pour en parler. Secoué que nous avions été avec J’ai tué ma mère, son premier film, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, et déçu de film en film jusqu’à celui-ci, peut-être trop conscient du potentiel de premier cinéaste du XXIe siècle, un Tarantino des sentiments amoureux. Trop empêtré encore avec ses problèmes avec Môman. Pièce chérie du théâtre français contemporain, Lagarce avait laissé derrière lui une oeuvre de l’intime, collant parfaitement aux basques du cinéma de Xavier Dolan. Le mariage des deux fonctionnent à plein. La partition est nickel pour chaque acteur au premier rang duquel Gaspard Ulliel (magnifique). Le tout ressemble à un remake trash d’Un Air de Famille avec Darroussin-Ulliel, Frot-Cotillard, Yordanoff-Cassel, Jaoui-Seydoux,… Avec en bonus track, le tube d’O-Zone sanctifié dans une scène culte d’aérobic (entre Natalie Baye et Léa Seydoux) sous les regards et les clins d’oeil complices de Gaspard Ulliel vers son grand frère Vincent Cassel. 30 secondes parmi les plus belles du Festival. C’est déjà pas mal.

Quinzaine des Réalisateurs. C’est une ambiance de 3e mi-temps qui a accompagné la projection de Mercenaire, premier film de Sacha Wolff. Le jeune réalisateur à la carrure de rugbyman réussit l’essai dès son premier jet : l’histoire d’un wallisien à peine sorti du cocon du haut de ses 2m et quelques 110 kg, venu tenter sa chance dans l’ovalie du sud-ouest.

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Enfin un film humble qui s’attache à son sujet, à raconter une histoire simple, attachante et initiatique. Enfin un film sur le rugby sans Vincent Moscato, Philippe Guillard et les restes de la génération du Racing, et son lot d’amitié sincère, de valeurs de l’ovalie et ensemble tout devient possible.

Autres films. Dans la grande salle du Grand Théâtre, deux séances, deux ambiances. D’abord La Fille inconnue, le nouveau film des frères Dardenne avec Adèle Haenel en nouvelle recrue expiatoire. Une oeuvre dense, racée, appliquée. Ce que Marion Cotillard arrivait à insuffler d’elle-même dans Deux jours, une nuit, la jeune actrice des Combattants ne joue pas dans cette catégorie-là. Elle délivre une partition très scolaire, on la sent réciter au mot près les dialogues des double-palmés belges, scruter le moindre geste écrit par les deux cinéastes. Le résultat global reste froid bien qu’éminemment juste. Dingue comme ils arrivent à capterune tension terrible du moindre geste quotidien et anodin. Au-dessus de la mêlée les belges. Un tout autre moment et une bien différente émotion avec The Strangers du coréen Na Hong-jin (The Chaser), présenté hors compétition. Un film de genre de 2h30. Enfin « de genre », de tous les genres à la fois, comédie, fantômes, cannibales, pluie, chamane, policier,… Rien ne nous échappe, du gore au grotesque, du fou-rire à l’effroi le plus total, une merveille de mise en scène qui n’aurait pas du tout dépareillé en Compétition.

Cannes, Jour 6 : « Personal Shopper », Assayas le ghostlover

Posted on 19 mai 2016

S’il n’en reste qu’un, on sera celui-là : Olivier Assayas rejoue à la muse Kristen (Stewart) dans son nouveau film sélectionné en Compétition, Personal Shopper. Une variation mystique sur l’être et le paraître.

Mardi 17 mai. Il était écrit que ce Festival 2016 ne serait pas celui de la polémique. Même l’arrivée du beau Pedro (Almodovar) roi du tango cannois, auréolé de ses (petits) papiers panaméens, n’a pas fait causé plus que ça. Pour le meilleur, serait-on tenté de dire. Laissons les films tranquilles. Journée chargée ce mardi avec pas moins de 3 films en Compétition, Julieta d’Almodovar, Personal Shopper d’Assayas et Aquarius du brésilien Kleber Mendonça Filho (Les Bruits de Recife).

Compétition. La Croisette s’étripe. Ça y est. Victime expiatoire : l’habituel controverse Assayas. Essayiste vain et vaniteux ou esthète ès cinéma, docteur de l’inattendu et du sensitif… Personal Shopper est un thriller évanescent, de ceux qui vous happent l’âme avant d’avoir dit ouf. Dès l’ouverture dans une grande maison mystérieuse dans laquelle Kristen Stewart chasse les songes comme elle chasse la belle sappe pour sa patronne tyrannique.

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Après avoir illuminé Sils Maria, la nouvelle muse K-Stew continue de hanter le cinéma d’Assayas, et avec lui tout le cinéma français en général. Sorte de « Ghostlover » ambiance japonaise, le nouveau film d’Assayas agit comme un aimant surtout quand il surprend son monde dans un grand échange de SMS parti pour rester comme un des moments de ce Festival 2016 (étonnant miroir d’une autre scène dont on parle plus loin). Autres satisfactions personnelles, les apparitions de deux (autres) figures de la scène européenne, Lars Eidinger et Anders Danielsen Lie.

Compétition. On le croyait quasi perdu. Le désastre Les Amants Passagers ne furent qu’une éclipse dans l’oeuvre du grand Pedro. Julieta confirme son retour aux affaires sérieuses. Julieta se fait draguer par un homme dans le train. Elle l’éconduit. Il disparaît. Dans la foulée, elle en rencontre une autre (homme). Ils auront une fille. Deux femmes pour incarner Julieta à deux âges différents. L’une solaire, l’autre tourmentée et tellurique.

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Coloré, cadré au scalpel, Julieta est une merveille de mise en scène, imbriquant les deux âges comme par magie. Sous ses airs de tension glaciale, le film respire la chaleur et l’amour. Celui d’une mère qui ne sait dire les choses. Celui d’une fille qui en dit trop. Ce genre de film qui nécessite tout de suite une deuxième vision pour en appréhender toutes les nuances. Un tableau de Miró sans l’audioguide. Ne vous fiez pas aux apparences.

Autres films. Le deuxième film du brésilien Kleber Mendonça Filho, après le remarqué Les Bruits de Recife, s’appelle Aquarius. Le nom de l’immeuble dans lequel ne vit plus que Clara, vampirisé par les vautours immobiliers qui ont fait fuir ses habitants. Fresque de l’intime au coeur du Brésil, on cause musique, cancer, Recife, nostalgie d’une vie meilleure. Clara, c’est Sonia Braga, fière sexagénaire, droite comme le postérieur d’un tanga, une présence qu’on n’oublie pas. Celle de ces comédiennes-ogres, une certaine idée que l’on peut se faire du Brésil aussi, quand on ne le connaît pas. Difficile de lui déloger le prix d’interprétation qui lui semble acquis. Si ça peut éviter que le film (mineur) ce reparte avec un plus beau prix… Enfin, une fois n’est pas coutume, un passage à l’ACID, la petite sélection parallèle qui, année après année, parvient à se trouver une place au soleil de la Croisette. Dans cette sélection exigente, une pépite : Le Parc de Damien Manivel. Une respiration de simplicité et d’audace à la fois. Un garçon, une fille, un parc, un été. Une histoire d’amour gauche qui se transforme doucement vers une quête spirituelle, nocturne à la lisière du fantastique. Et à la jonction de ces deux parties, un échange de SMS (tiens, tiens…) hypnotique.

Cannes, Jour 5 : Andrea Arnold réussit son « American Tour »

Posted on 18 mai 2016

La réalisatrice anglaise confirme, après le triomphe Maren Ade, que le pouvoir est aux femmes en Compétition cette année. Et ça nous fait bien plaisir.

Lundi 16 mai. Ce lundi de Pentecôte était marqué d’une pierre blanche au planning. Non pas que nous étions impatients de retrouver Jeff Nichols (Loving). Même si (on l’adore). Non pas que l’on recherche encore un quelconque frisson à la Quinzaine des Réalisateurs. Même si (Sébastien Lifshitz). Mais c’était le débarquement annoncé de nos amis Les Chiens de Navarre avec non pas un happening sur la Croisette façon Armoires Normandes, mais leur premier long métrage de cinéma Apnée directement sélectionné en séance spéciale à la Semaine de la Critique. On y était.

Compétition. Après son exercice de style en forme d’adaptation de Les Hauts de Hurlevent, Andrea Arnold revient à ses premières amours : Cannes – elle fait partie des rares à avoir connu la Compétition dès son premier long (Fish Tank). Pour ce faire, un trip dans l’Amérique profonde des sans-grades. La jeunesse perdue, celle des oubliés, celle que même Bernie Sanders ne fera pas rêver à un monde meilleur.

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Pour gage de portrait d’une anglaise chez l’oncle Sam, Arnold a trouvé un Van rempli de garçons et filles sans familles, lancés de ville en ville dans un écosystème de vente au porte-à-porte. En lieutenant de la meute, la star Shia LaBeouf, que l’on avait quitté chez Lars Von Trier (Nymphomaniac), retrouvé sur les marches de Berlin affublé d’un sac sur la tête (« I’m not famous anymore »), ou en slip dans une cage vidéoclipé pour Sia. Il est prodigieux. Animal révolté, brutal et tendre. La meilleure interprétation côté bonhomme vu jusqu’ici à Cannes. Le cinéma d’Andrea Arnold ne cache rien du sordide. Caméra à l’épaule, format resserré, plongeant dans la merde pendant 2h45. Ne manque qu’une ou deux scènes chocs qui auraient pu épicées l’emballage et parfaire le puissant en inoubliable. Fier d’en avoir fait notre numéro 1 au Top 100 pour Cannes cette saison. Sans parler de la bande-son (Juicy J, The Raveonettes, Bonnie Prince Billy, E-40, Rihanna) qui irrigue insuffle au film une force inégalée depuis le début du Festival.

Semaine de la Critique. De la scène à l’écran, il n’y a qu’un pas. Franchi à coup de pelles par la troupe de théâtre Les Chiens de Navarre, Jean-Christophe Meurisse le chef de meute de meute a rameuté Thomas Scimeca, Maxence Tual et consorts à prolonger leur folie au cinéma. Apnée est leur premier long métrage. Tous les ingrédients qui font du collectif l’une des meilleures nouvelles que les planches françaises ont reçues ces dernières années, sont bien. Le non-sens, l’acte politique viscéralement collé aux bottes, l’anti-conformisme… ce premier jet au cinéma ne va pas sans rappeler à certains un certain des Valseuses ‘2016…

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Un « trouple » vient se marier devant l’Officier d’Etat-civil. Tout leur paraît naturel. Ils s’aiment et veulent officialiser leur amour. « Comment ça, pas possible ? Mais on s’aime ! ». La première demi-heure est survoltée, improvisée dans l’exigence de l’écriture de la troupe. Puis cela s’étiole un peu. Pour les (heureux) spectateurs de leurs spectacles (Les Armoires Normandes notamment), quelques coups d’éclat et trouvailles sont reprises et amplifiées (William Sheller, le Christ misanthrope, les fameux kukeris -ces géants de poils façon Chewbacca, véritables stars de ce Festival 2016 depuis leur irruption dans Toni Erdmann-). Dommage, la surprise ne nous est que moins éclatante. Enfin, ne boudons pas notre plaisir.

Autres films. Le gars a donc casé 2 films la même année à Berlin (Midnight Special) et en Compétition cannoise 3 mois plus tard (Living). Respect pour le réalisateur de Take Shelter. Première petite bataille des clochers à la sortie de Loving : trop académique pour les uns, d’un classicisme splendide pour les autres. On fera partie des seconds perso. Tiré d’une histoire vraie, celle du couple Loving dans la Virginie des années 50. Lui est blanc, elle est noire. Et l’État du sud des Etats-Unis les condamnent à partir vivre leur amour vers Washington… Le réal de Mud poursuit sa quête des grands mythes américains contemporains, allant jusqu’à s’effacer devant son sujet et sa forme. Une humilité que l’on lui reconnaît bien volontiers. À l’écran, Joel Edgerton parfait sudiste péroxydé et renfrogné, et la divine Ruth Negga. Pour finir, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, le 52 minutes commandé par Canal+ à Sébastien Lifshitz (Les Invisibles) : Les Vies de Thérèse suit la fin de l’existence de la féministe et intellectuelle Thérèse Clerc. C’est la grande dame qui a souhaité se faire suivre dans ses derniers instants. Le résultat est impressionnant d’amabilité et de tendresse. La caméra ne dessert pas l’étreinte avec le visage de Thérèse. On y lit sa vie, son crépuscule et ses tumultes. Et l’occasion d’une des scènes les plus poignantes du Festival, celle d’un dîner avec les 4 enfants de Thérèse où tout se dit, entre larmes, rires et vérités inavouées. Une merveille à découvrir sur la chaîne cryptée à l’automne.

Cannes, Jour 4 : « Mal de pierres », Stone sans charnel

Posted on 16 mai 2016

Deuxième film français à concourir pour la Palme d’or, « Mal de Pierres » de Nicole Garcia avec Marion Cotillard a plombé son monde.

Dimanche 15 mai. Une Courgette prend vie, Bill Paxton joue les Dolph Lundgren, la Roumanie aussi a son Bayou, on a trouvé le Jean-Pierre Bacri israélien et Adèle Haenel est déjà dans la place…ouf.

Compétition. Avant de défendre jeudi soir Juste la fin du monde, le nouveau Xavier Dolan, la reine Marion Cotillard est déjà présente en Compétition avec Mal de Pierres l’adaptation du court roman de Milena Angus par Nicole Garcia. Héritière de propriétaire terrien dans l’arrière-pays provençal, Gabrielle a le coeur et le corps brisé par le chagrin et les calculs rénaux. Partie se ressourcer dans un sanatorium suisse (après Youth de Paolo Sorrentino l’an dernier, les hauts-lieux de cure helvète ont la cote sur la Croisette) délaissant son mari ouvrier espagnol et rustre, la belle s’encanaille du beau André, André Sauvage (Louis Garrel, le séducteur lascif et brisé lui-aussi).

 

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Parfait terrain de jeu pour notre Piaf nationale : tour à tour adolescente revêche et tourmentée, épouse renfermée et amoureuse éperdue, Marion Cotillard est malmenée mais c’est elle mène la danse. Une danse qu’elle espère victorieuse vers un doublé Cannes-César 2017. Pourquoi pas. Elle joue du violon sans forcer, belle, et sûre de ses gestes. Pour ce qui est du film, on repassera. RAS niveau prise de risque et essai d’un quelconque geste cinématographique de la part de Nicole Garcia. Son dernier passage cannois s’était relativement mal passée (Selon Charlie en Compétition en 2006), ce retour semble avoir été une décision volontaire et volontariste de Thierry Frémaux. Le retour de bâtons risque d’être salé, même si la critique française est plutôt indulgente avec le film.

Quinzaine des Réalisateurs. Il faisait partie des belles curiosités attendues de ce Festival 2016. Finalement à la Quinzaine des Réalisateurs, le premier film de Claude Barras Ma Vie de Courgette a séduit la Croisette. Premier film français d’animation en stop motion, le scénario est signé Céline Sciamma d’après le roman autobiographique de Gilles Paris.

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À destination de tous les publics, on y parle stups, suicides, mort des parents, ou de la DDASS dans cette Courgette. Icare a une « tête de patate » et vit seul avec sa mère. Quand il provoque accidentellement sa mort, Icare -qui préfère qu’on l’appelle Courgette- se retrouve placé en foyer d’accueil. La fin de l’insouciance et le début de l’apprentissage accéléré de la vie. Sous des airs assez naïfs et simplets, le film en dit beaucoup pendant ses 66 minutes. Adèle Haenel, qui était venue soutenir le bébé de Céline Sciamma, peut en témoigner, Ma Vie de Courgette, un légume qui se mange sans faim.

Autres films. À la Quinzaine encore, une série B des familles : Mean Dreams du canadien Nathan Morlando avec la star des années 90 Bill Paxton (Twister, Appolo 13). Une histoire simpliste (la fuite en avant d’un jeune couple poursuivi par le père de la belle, père flic véreux et ultra-violent) et un jeu d’acteurs au paroxysme du kitsch, Bill Paxton en est risible. La Quinzaine a l’habitude de promouvoir ce type de production de seconde zone (on se souvient de Cold in July avec Michael C. Hall et Patrick T-Stewart notamment). Mais on les préfère quand ils découvrent des films de genre bien sentis.
Mieux inspiré du côté Un Certain Regard, Dogs du roumain Bogdan Mirica. Un nouveau venu dans la galaxie roumaine et un premier film bien maîtrisé en plein Bayou à la frontière roumano-ukrainienne. Une sorte de western tranquille, un True Tedective des Carpates pour l’ambiance. Il y a là-dedans un doux mélange de Peckinpah et des Coen. Toutes proportions gardées. Enfin une tragi-comédie israélienne One Week and a Day, premier film de Asaph Polonsky qui confirme encore une fois la bonne vitalité à la fois du cinéma israélien et la Semaine de la Critique dont le cru 2016 s’annonce épique. One Week and a Day, une variation sur le thème du deuil traité avec la légèreté juive que l’on connaît et incarné par un acteur bougon et acariâtre en chef, un Jean-Pierre Bacri de Jérusalem et deux scène déjà cultes, le air guitar et le tuto « comment je roule mon joint en 10 leçon ».

Cannes, Jour 3 : Le miracle « Toni Erdmann »

Posted on 15 mai 2016

La Croisette se remet doucement de la tempête teutonne qui a soufflé hier dans les coeurs de (presque) tous les Festivaliers.

Samedi 14 mai. La projection de Toni Erdmann de Maren Ade vient confirmer une tendance lourde cette année. Une fois n’est pas coutume, on rit beaucoup en Compétition que ce soit avec Dumont, Loach, Puiu ou Guiraudie. Profitons ça risque de ne pas durer…

Compétition. La voilà notre première sensation de ce Festival. Elle vient d’Allemagne, elle est l’oeuvre de la cinéaste allemande Maren Ade : Toni Erdmann. Le Grand Théâtre Lumière a vécu l’un de ses moments qui valent à eux seuls le déplacement sur la Croisette. Plus de 2000 spectateurs en larmes de rire, des applaudissements à tout rompre en plein milieu du film deux fois coup sur coup, après deux scènes d’anthologie. Oui Toni Erdmann est une merveille.

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Pourtant tous les artifices les plus graveleux sont de sortie : Toni (le père ce héros) a tous les apparats du paternel encombrant, coussin péteur, perruque, faux dentier. C’est avec cet attirail qu’il vient rendre visite à Inès, sa fille working girl austère en voyage d’affaires importantissime à Bucarest. Voir le quotidien de sa fille. La comprendre et rattraper le temps perdu à sa façon. C’est tout en cela en près de 3 heures de temps que Maren Ade sublime dans Toni Erdmann. Un portrait d’une tendresse infinie, d’une drôlerie sans pareille. A minima un ou deux prix d’interprétation viendront couronner une telle réussite. Si ce n’est plus ?

Semaine de la Critique. Premier film de Julia Ducournau, Grave décroche haut la main la Palme du film le plus sanglant de ce début de Festival. Teen-movie tendance cannibale, c’est comme si Riad Sattouf avait bouffé du Cronenberg à la sauce Claire Denis. Vous voyez le programme ? Et bien c’est mieux encore…

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Justine végétarienne viscérale – comme toute la famille, ouais ça sent pas très clair tout ça -, débarque en école de veto retrouver sa soeur déjà en grande section, y parfaire son amour immodéré pour les animaux (laissés en vie). C’était sans compter sur un déclic fondateur, rouge sang. Campée par la jeune révélation Garance Marinier et entouré de Laurent Lucas (toujours sans les bons coups surtout quand ça vrille bien comme il faut) et Joanna Preiss notamment, Ce Grave déchire sa race à grands coups de bâton de ski dans le dos et de jambe sauce béarnaise. À dévorer sans modération.

Autres films. La Compétition voit aussi le retour de Park Chan-wook avec Mademoiselle. Un thriller lesbien à l’esthétique irréprochable et une intrigue qui n’est pas sans rappeler celle de Diaboliques ou Sexcrimes. Du pur Park pour un scénario alambiqué et retors où le réalisateur de Old Boy aime lancer des fausses pistes pour mieux jouer au « Je vous avais bien eu ». Le film est plus dense qu’il en a l’air.
Enfin, le Neruda signé Pablo Larrain. À l’instar de Rithy Panh, Larrain n’en finit plus de faire sien le devoir de mémoire de son peuple chilien. Sans doute la contrepartie à payer des souffrances pas si lointaines et présentes dans chaque famille du pays. S’attaquer à la figure du poète, prix Nobel de littérature, compagnon d’Allende et communiste parmi les premiers, était très risqué. Larrain choisit de ne s’attacher qu’à une partie int(f)ime de sa vie. L’histoire d’une fuite pour échapper à un policier obstiné (Gael Garcia Bernal). En ressort un thriller aérien, une peinture de paysages de ce que le Chili peut offrir de plus beau. On se demande encore comment ce film a pu lui être refusé la Compétition.

Cannes, Jour 2 : Lafosse est dans le ravin

Posted on 14 mai 2016

Le réalisateur belge s’embourbe les pieds dans le tapis de la tragédie de couple ordinaire. Et emporte avec lui les talents de Cédric Kahn et Bérénice Béjo.

Vendredi 13 mai. Nous sommes le 13 mai, 6 mois après les attentats de Paris. Le coeur n’est pas aux commémorations mais sûrs que certains festivaliers ne se sont pas réveillés la bouche pâteuse ce matin comme les autres matins. Au programme un double shot cambodgien, 2 déceptions franco-belges et un peu de Festival d’Avignon avant l’heure.

Quinzaine des Réalisateurs. Marie et Boris cohabitent dans une belle maison cossue. Le couple se déchire et persiste à dormir sous le même toit avec leurs deux petites jumelles, Margaux et Jade. Un huis-clos sous l’aune de L’Économie du couple, forcés qu’ils sont de se supporter faute de fric suffisant.

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S’ensuit une guerre domestique interminable, à grands renforts de lutte des classes -elle la bourgeoise, lui le sans-grade-, où chaque geste du quotidien devient un supplice. On avait aimé le Lafosse des débuts (Nue Propriété, Élève libre, À perdre la raison), on l’avait perdu l’an dernier avec le poussif Les Chevaliers Blancs (recalés de Cannes d’ailleurs). Le belge semble vide, sans idées nouvelles. Il reconnaissait lui-même avoir laissé libre cours aux improvisations de ses deux acteurs (perdus dans cette maison sans âme – Cédric n’a jamais été aussi mauvais à l’écran) à partir du scénario co-écrit avec Mazarine Pingeot.

Un Certain Regard. Premier film de Stéphanie Di Giusto, La Danseuse est l’histoire de Loïe Fuller, danseuse du début XXe. Ce biopic qui n’en est pas un va nous mener du Far West à New York, de New York au Paris des Folies-Bergères. Pour un premier film , la réalisatrice a eu les moyens de ses ambitions. Le spectateur en a pour son argent – fort heureusement nous somme invités – décors, costumes, figurants, photo – tout est bien en place pour faire valoir un casting xxl : Denis Ménochet, François Damiens, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp, Laure Callamy, Gaspard Ulliel et Soko, éclatante Soko.

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Car s’il y a bien quelque chose ou quelqu’un à sauver dans cette pub Chanel boursouflante étirée sur 1h48, c’est bien Soko. Elle était déjà à son aise à cette époque dans Augustine. Les réalisatrices lui font les yeux doux pour incarner ces beautés sans âges, ces corps ni trop ni pas assez. Elle émerveille en danseuse-papillon.

Autres films. La pépite du jour se nomme Diamond Island, premier film du franco-cambodgien Davy Chou. Le cinéma cambodgien se résumait jusqu’alors à l’indispensable Rithy Panh et son travail de cinéaste de la mémoire khmer (dont a vu le superbe Exil en séance spéciale). Davy Chou débarque avec un cinéma hyper référencé, mais quelles références… Apichatpong Weerasethakul, Hou Hsiao-hsien,… excusez du peu. Il dépeint, dans Diamond Island, une jeunesse de Pnomh Penh libre, naturaliste, urbaine, moderne, avec un magnifique travail sur les sons et les ambiances. Un des meilleurs premiers films vus jusqu’alors.
Enfin, une petite encartade théâtrale  : Le Disciple du russe Kirill Serebrennikov. Metteur en scène de théâtre vu au Festival d’Avignon l’été dernier adaptant du Gogol, Serebrennikov adapte une pièce de Marius von Mayenberg. Un duel psychologique à coup de citation biblique – qui surgisse à l’écran comme des coups de poing assénés l’un à l’autre. Lui c’est Veniamine, joué par l’incandescent Petr Skvortsov, beau, charismatique et troublant comme l’était Ezra Miller dans We need to talk about Kevin. Le cinéaste russe sait y faire mais l’outrance de la forme, les logorrhées verbales criardes comme si l’on était dans la Cour d’Honneur d’Avignon dessert un style fort et tenu jusqu’au bout.

Cannes, Jour 1 : La Reine « Victoria »

Posted on 13 mai 2016

L’ancienne vedette (belge) de la TV française porte sur ses épaules le deuxième long métrage de Justine Triet, une comédie hilarante maîtrisée de bout en bout.

Jeudi 12 mai. Il était écrit que ce cru 2016 commencerait par un accouchement compliqué. La pluie mercredi pour l’ouverture, puis le vent qui emporte tout sur son passage, à commencer par les structures installées à la va-vite pour accompagner le (gros) dispositif de sécurité mis en place par Bernard Cazeneuve himself.

Semaine de la Critique. Virginie Efira a trouvé en Victoria, son meilleur rôle à ce jour. Celle qui réussit film après film, romcom après romcom, un passage quasi impossible entre le monde de la TV à celui du cinéma, éblouit de son tempérament le deuxième film de Justine Triet. On ne va se cacher derrière un rosier, La Bataille de Solférino, son premier film, nous avait gratté l’oeil plus que de raison, perdu dans l’outrance verbale portée par son duo Laëtitia Dosch-Vincent Macaigne.

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Avec Victoria, la cinéaste choisit un couple charmant (Vincent Lacoste excelle en jeune aspirant attendri d’Efira) pour porter une comédie assez dingo, au montage resserré (1h30) et très efficace, qui lorgne souvent vers les meilleurs exemples américains du genre (on pense à James L. Brooks). Un feel-good movie assez dépressif avec des droopys merveilleux qui complètent le cast (Laure Callamy, Laurent Poitrenaux, Melvil Poupard en tête). Du côté de la musique, l’ombre tutélaire de Chilly Gonzales irrigue le film de bout en bout (et une scène merveilleuse quand Victoria Efira joue Solo Piano dans une robe au décolleté dorsal à la Mireille Darc), et la folk de Harry Nilsson s’impose déjà comme un des hits de la BO Cannes 2016.

Compétition. Un accouchement donc, c’est l’une des premières scènes chocs du Festival dans les premières minutes de Rester Vertical d’Alain Guiraudie, une naissance filmée frontalement, plan sur l’origine du monde, beaucoup d’yeux se sont baissés à la séance de 8h30 laissant filer ce moment d’intimité à d’autres… Alain Guiraudie vient avec une triple casquette : premier film de la Compétition, premier film des 4 productions françaises à concourir pour la Palme d’or, et grosse attente après L’Inconnu du lac unanimement loué en 2013 en sélection Un Certain Regard. Son passage dans la catégorie reine n’a rien changé de son anticonformisme subversif. Rester vertical est une vraie réussite.

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Un Guiraudie des débuts, celui de Le Roi de l’évasion. Plus personnel. Plus sûr de lui aussi. Poétique. Sexué. Frontal donc. Tout à la fois drôle et éminemment politique. Guiraudie filme ses hommes et une femme (India Hair) comme personne, un cast de gueules cassées absolument parfait (Damien Bonnard en tête) perdues dans les vallées pyrénéennes. Accouchement frontal, euthanasie-zi horizontale (une scène culte avec le vieux Marcel empalé dans son dernier souffle), Guiraudie roi des Causses et cinéaste géomé-trique bande fort. Notre Kaurismäki du sud-ouest qui confirme un cinéma du pauvre entre hyper-réalisme et fantastique, une sorte de Bruno Dumont méridional mais sincère, lui, sans effets de manche.

Autres films. À noter la première grosse désillusion du Festival, un film que l’on attendait beaucoup, Clash de l’égyptien Mohamed Diab, en ouverture Un Certain Regard. Un coup d’épée dans l’eau pour un projet soutenu par ARTE et Pyramide, un film sur la révolution égyptienne sous Morsi enfermé dans son dispositif – un huis-clos étouffant dans un fourgon anti-émeutes – Clash ne dit rien. Rien de la complexité politique, rien du point de vue du cinéma (on imagine bien ce que certains virtuoses sud-coréens auraient pu faire de ce postulat hyper excitant sur le papier).
Et pour clore ce premier épisode, un grand film : Sieranevada du roumain Cristi Puiu. 2h53 au coeur d’une famille en deuil. Un exercice de style magistral à grands renforts de plans-séquences les plus virtuoses les uns après les autres. Dix ans après le bluffant La Mort de Dante Lazarescu (Grand Prix Un Certain Regard), Puiu filme un ballet incessant à la chorégraphie des êtres et des sentiments calés au millimètre. À la fois burlesque -à la lisière du vaudeville- et tragique, on y boit, on y danse, on y éructe, on y rit (beaucoup). Et même si l’on a du mal à comprendre tout de suite l’arbre généalogique (ils ne sont pas moins d’une vingtaine de protagonistes à s’invectiver), l’essentiel ne se joue pas là. Premier postulant au prix de la Mise en scène.

Cannes 2016 : tous les films sur une seule grille

Posted on 8 mai 2016

L’édition 2016 de la grille de projections signée Wask est disponible : 1 page par jour, toutes les sélections, toutes les séances et beaucoup de nouveautés cette année…

Cliquez ici // Grille Cannes 2016
Reprise des films de la Compétition – dimanche 22 mai
image grille 2016

Maintenant que toutes les sélections ont publié leur programme, place aux choix et aux dilemmes.

Retrouvez sur une seule page, toutes les séances – toutes sélections confondues – d’une journée !

Sélection Officielle – Compétition, Un Certain Regard, Hors Compétition, Séances Spéciales, Cannes Classics (sélection), les séances de presse -, la Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique et la sélection ACID. Nouveauté cette année : une sélection des séances du Marché.

Autres nouveautés notoires, le rajout de la mention du distributeur et la liste des films pour chaque jour.

Mais si vous préférez (encore) vous empoissonner la vie, les programmes officiels des différentes sélections sont en ligne…

Sélection Officielle
Sélection Officielle – séances de presse (code presse)
Quinzaine des Réalisateurs
Semaine de la Critique
Sélection ACID

Très bon Festival 2016 !