L'actualité du Festival de Cannes [et bien plus encore] depuis 2010

Archive for mai, 2010

Reprise des sections parallèles à Paris et… Marseille

Posted on 26 mai 2010

Au lendemain de la frénésie cannoise, les articles de presse se multiplient pour claironner haut et fort que les sections parallèles sont reprises ces jours-ci dans les salles parisiennes.

On apprend donc que Le Reflet Medicis (Rue Champollion, 5è) offre la possibilité de découvrir une grande partie des longs métrages de la sélection Un Certain Regard, dans lequel programme on ne saurait trop vous conseiller de courir voir les films de Radu Muntean Mardi, Après Noël (chronique #1), Xavier Dolan Les Amours Imaginaires (chronique #3), de Daniel & Diego Vega Octubre (chronique #4), et le prix Un Certain Regard HaHaHa de Hong Sangsoo (chronique #6).

La Quinzaine des Réalisateurs n’est pas en reste puisque l’intégralité de la sélection est reprise au Forum des Images du 26 mai au 6 juin.

Avec une couverture médiatique beaucoup plus modeste, dirons-nous, en Province aussi des projections de films vus à Cannes sont organisées. C’est ainsi que le cinéma de quartier marseillais l’Alhambra – qui participe également chaque mois de janvier au Festival Télérama – reprend partiellement la 42è édition de la Quinzaine dès cette semaine (une opération réalisée depuis maintenant plusieurs années, à la fin du mois juin habituellement):
10 films au programme du 25 au 30 mai avec notamment les films de Diego Lerman La Mirada Invisible (chronique #2), le documentaire de Florent de La Tullaye & Renaud Barret Benda Bilili (chronique #1), ou encore le magnifique Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino (chronique #3). Pour ce qui est du planning exhaustif, ne cherchez pas sur le site internet de l’Alhambra il n’y est point, faute de temps et de moyens j’imagine – quel dommage de ne pas pouvoir promouvoir davantage un tel événement à Marseille – vous l’aurez en cliquant sur l’affiche ci-dessous.

Quinzaine_Alhambra

Face à la Une honteuse du Parisien, une réponse en forme d’Ode à Boonmee

Posted on 25 mai 2010

shame
C’est quoi ce journal ?

Le journal Le Parisien, en date du mardi 25 mai, n’a rien trouvé de mieux que de faire sa Une sur Uncle Boonmee… de Apichatpong Weerasethakul en titrant de manière totalement populiste “C’est quoi cette Palme d’or ?”.

Il est vrai qu’en ces temps de faible actualité nationale et internationale, il semblait opportun de consacrer une aussi grande place à un tel débat artistique, pas démagogique pour un sou. Le Journal n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’on se souvient comment il avait accueilli, en 2004, le jour de sa sortie française le – certes oubliable – film d’Alain Chabat RRRrrrr ! avec ces trois lettres en Une “NUL !”.

En forme de résistance face à cette provocation opportuniste, deux vidéos

Un premier trailer de la Palme d’or 2010 de Apichatpong Weerasethakul Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures)

Le clip surréaliste du tube thaïlandais que tous les festivaliers fredonnaient à la fin de la projection cannoise

Cannes 2010 last episode

Posted on 24 mai 2010

Samedi 22, Dimanche 23 mai,

31 films en 10 jours de folie cannoise, c’est pour ça que l’on va a Cannes, toutes les sections, tous les horizons, en un minimum de temps jusqu’à overdose, mais pour des cine-addicts ça en devient un besoin quasi-vital. Frénesiiiiiie.

Pour la qualité, il sera temps d’y revenir avec du recul – le temps fera son effet – pour ce qui est de ces deux derniers jours, quatre nouveaux films en compétition et un dernier du côté Un Certain Regard – qui aurait d’ailleurs pu/dû très naturellement se retrouver en sélection officielle.

Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois.
La mort des cygnes. Tibérine, Algérie, 1996. Le sujet est archi-connu. Il a bouleversé l’opinion. Bien des craintes animaient les esprits quand on a appris que Xavier Beauvois, réalisateur catégorisé comme très urbain, s’était vu confier la narration de ce massacre atroce de moines français dans une Algérie en proie à la terreur terroriste.
Beauvois, à notre grande surprise, réussit le pari de complètement s’effacer derrière cette histoire d’hommes extra-ordinaires (si ce superlatif a encore un sens à force d’avoir été galvaudé), d’êtres entre ciel et terre. Chaque festivalier ne pouvait s’empêcher de se demander après la projection, “qu’aurais-je fait à leur place ?”Michael Lonsdale et
Lambert Wilson sont les têtes d’affiche d’une brochette d’acteurs sublimes.
Une émotion crescendo qui ne cesse de croître tout au long du film. Une marche vers l’horreur qui atteint son paroxysme avec l’arrivée de
Tchaikovsky, une mort du cygne qui aura rarement été utilisée au cinéma à aussi bon escient.
Un moment d’une rare intensité, l’Humanité a un nom, Tiberine.

 

Biutiful de Alejandro González Iñárritu.
C’est le film d’un acteur. Grand, puissant, omniprésent – Javier Bardem est de tous les plans. Il excelle dans ce rôle de vieille frappe barcelonaise nuque longue, dans une capitale catalane qui n’aura jamais été filmée aussi glauque et paupérisée – exit le Barcelone de carte postale.
L’espagnol voulait à tout prix jouer sous la direction d’Alejandro González Iñárritu; le mexicain ne s’est pas laissé prié et a confectionné du sur-mesure pour l’un des meilleurs acteurs de sa génération.
Biutiful va diviser: plaire à un très grand nombre – émotion garantie, performance d’acteur hallucinante, une mise en scène brillante – et en contrepied le film souffre des défauts de ses qualités et va exaspérer certains – des situations tire-larmes, une configuration de rôle à Oscar presque trop évidente, Iñárritu pourra être taxé de n’être qu’un excellent faiseur – certains critiques allaient même jusqu’à ironiser sur sa réalisation du  dernier spot Nike pour la prochaine Coupe du Monde de Foot en Afrique du Sud “son meilleur film depuis Amours Chiennespouvait-on entendre ici ou là, nous n’utiliserons pas de termes aussi durs bien que le réalisateur mexicain ne nous épargne aucune grosse ficelle de scénario.
Pour finir, dans un film à l’ambition beaucoup plus minimaliste que Babel, Iñárritu atteint son but dès qu’il ne s’encombre pas d’emphase, à l’image de toutes les scènes dans l’intime de la famille, poignantes et saisissantes. A voir, mouchoirs à l’appui, pour Javier, au sommet.

En Bref

Révélation à la sauce ukrainienne.
Rares sont les premiers films sélectionnés en Compétition Officielle; on se souvient de la qualité Red Road d’Andrea Arnold. Alors, quand Thierry Frémaux a annoncé sa sélection 2010, notre curiosité s’est tout de suite emballée quand on a su que l’Ukraine serait pour la première fois représentée par Sergei Loznitsa avec Schastye Moe (Mon Bonheur). Un premier film d’une maîtrise folle dans une atmosphère à fleur de peau, entre rires et larmes, entre embrassades et meurtres, de l’été à l’hiver, chaque scène, chaque personnage est ambigü et imprévisible. On se délecte de ce cinéma où chaque cadre est contrôlé et la photo soignée.
Une cinématographie est née, cap à l’est.

Bourbier russe.
Après la souffrante projection du deuxième volet de la saga russe de Nikita Mikhalkov Soleil Trompeur 2 – L’Exode (dont ce n’était que la première partie, vous me suivez toujours ?), on ne pourra que conseiller au vieux réalisateur russe d’aller faire un tour du côté de son cousin frontalier Loznitsa. Lourdeur, sucré jusqu’à l’indigestion, 2h30 de fresque à n’en plus finir – entre symbolique historique grotesque et fulgurances tout de même – au coeur de la lutte germano-soviétique pendant la seconde guerre mondiale.

Une cerise coréenne sur un gâteau tout gris.
Paradoxe de ce Festival, plombé par un contexte économique lourd – tant au niveau de la crise mondiale (à l’origine de la diminution de la production cinématographique en 2010) que sur l’inquiétude palpable des exploitants face à l’arrivée du tout-numérique – le dernier film chroniqué par WasK – version Cannes 2010 - sera une comédie romantique légère et délicieuse comme sait si bien les faire le coréen Hong Sangsoo, Ha Ha Ha. Autant ses derniers films cannoisLa Femme est l’avenir de l’homme (2004) et Conte de Cinéma (2005) nous avaient laissé sur notre faim – toujours nostalgique que nous étions de sa prime trilogie, Hong Sangsoo n’a jamais été aussi drôle en parlant d’amour simplement et s’entoure d’un casting quatre étoiles avec notamment Yoon Yuh-Jung (la vieille gouvernante délicieusement sadique de The Housemaid) parfaite en mère matrone restauratrice.

Tout est bien qui…


Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois – SO/CO   1
Biutiful de Alejandro González Iñárritu - SO/CO   3
Schastye Moe
(Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa – SO/CO 3
Utomluonnye Solntsem 2 (Soleil Trompeur 2) de Nikita Mikhalkov – SO/CO 3
Ha Ha Ha de Hong Sangsoo – UCR   2

.

Cannes, le Palmarès 2010 “Ave Api !”

Posted on 23 mai 2010

apichatpong_weerasethakul

Après NOTRE palmarès, le jury cannois a lui-aussi rendu SON verdict – et force est de constater que les délibérations officielles ont débouché sur un résultat très proche. Tant mieux.

A faible sélection, grand palmarès, comme souvent. Il était vital, pour ce triste Festival que soient honorés les quelques méritants de la sélection. Gilles Jacob et Thierry Frémaux peuvent être soulagés, Tim Burton et ses acolytes ont réussi à sauver une des sélections les plus ternes que l’on ait eu l’occasion de voir depuis des années.

Avec un palmarès audacieux et n’oubliant personne, le Festival de Cannes sort grandi de cette 63è édition annoncée très tôt comme “très compliquée” par le délégué général lui-même. Ironie du sort, c’est dans cet environnement grisâtre que le nouveau maître Apichatpong Weerasethakul a été couronné, pour notre plus grand plaisir, avec l’un des films les plus surprenants de ces dernières années. Si l’on était sournois, mais ce n’est pas notre style, on pourrait soupçonner M. Frémaux d’avoir délibérément laissé de côté certains pour laisser un boulevard au génial thaïlandais.

Cannes est décidément à part; il demeure la seule grande place forte du cinéma d’auteur mondial. LE rendez-vous incontournable. Et même si Venise et Toronto se placent tels des vautours à l’affût pour récupérer dans leurs filets les grands absents cannois – Terrence Malick, Darren Aronofsky en tête de gondole – on voit mal comment l’on pourrait retrouver ailleurs que sur la Croisette, une telle audace dans un Palmarès.

Cannes 2010 est mort, vive Cannes 2011 !

Ave Api !

Palmarès 2010

PALME D’OR
Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul

GRAND PRIX
Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois

PRIX DE LA MISE EN SCENE
Mathieu Amalric Tournée

PRIX DU SCENARIO
Lee Chang-Dong
Poetry

PRIX D’INTERPRETATION FEMININE
Juliette Binoche Copie Conforme
(A. Kiarostami)

PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE ex-aequo
Javier Bardem Biutiful
(A.G. Inarritu)
Elio Germano La Nostra Vita (D. Luchetti) 

PRIX DU JURY
L’Homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun

CAMERA D’OR
Anos Bisiesto
de Michael Rowe


Cannes 2010, mon Palmarès

Posted on 23 mai 2010

rumeur

Avant d’y revenir plus sérieusement avec les dernières chroniques, juste le temps de dévoiler mon palmarès de Cannes 2010, à quelques minutes de l’annonce officielle…

PALME D’OR
Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul

GRAND PRIX
Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois

PRIX DE LA MISE EN SCENE
Biutiful
de Alejandro Gonzalez Inarritu

PRIX DU SCENARIO
Another Year
(M. Leigh)

PRIX D’INTERPRETATION FEMININE
L’ensemble des comédiennes
Tournée
(M. Amalric)

PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE
Javier Bardem – Biutiful
(A.G. Inarritu)

PRIX DU JURY
Schastye Moe (Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa

CAMERA D’OR
Schastye Moe
(Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa

Mention Speciale – CAMERA D’OR
Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert

 

Cannes 2010 episode five

Posted on 22 mai 2010

Jeudi 20, vendredi 21 mai,

Ca y est, c’est lancé, il reste deux jours, mais bon il fallait bien que ça démarre un jour quand même… mieux vaut tard que jamais. Deux premiers films postulants à la Caméra d’Or se sont dégagés ce jeudi 20 alors que vendredi 21 mai a vu la Croisette en véritable état de siège, sur fond polémique, RG, et querelles nationalistes, un vrai scénario d’espionnage. De toute façon on s’en contrefout, on a vu la future Palme, sisi !

Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul.
Le chouchou thaïlandais de la critique revient en compétition et émerveille une sélection atone. On ne pourra pas dire qu’il se sera embarrassé d’un scénario alambiqué. On suit l’oncle Boonmee dans un voyage onirique d’une beauté saisissante où, pêle-mêle, se croiseront les résurgences de ses proches disparus et ses vies antérieures. Car cette odyssée dans la moiteur de la jungle thaïe, chère au réalisateur de Blissfully Yours (Un Certain Regard, 2002) et Tropical Malady (Prix du Jury, 2004), nous fera tour à tour croiser une princesse éprise autant de son serviteur que d’un poisson-chat divinatoire (!), des hommes-singes aux yeux rougeâtres, une vache sacrée libérée, des fantômes,… Un travail sur les bruits, la nature livrée à elle-même, la lumière qui devient hypnotique quand elle se laisse soudain obstruée par les voiles princiers ou les moustiquaires domestiques. On a rien vu de tel depuis 10 jours, c’est certain; depuis des années, c’est probable. Au sommet du palmarès dimanche, espérons-le.

 

Fair Game de Doug Liman
Le seul film américain de la compétition est un film d’espionnage. Comme à son habitude, les studios US s’emparent d’un sujet politique récent – l’administration Bush face aux preuves d’existence de programmes irakiens d’armes de destruction massive – c’est Doug Liman qui est aux commandes (La Mémoire dans la Peau, Mr & Mrs Smith) entouré d’un casting trois étoiles, Naomi Watts et Sean Penn. Le président du jury cannois en 2008, qui a brillé par son absence ce jeudi, s’évertue à enfiler son habit de rebelle cadré (comme dans L’Interprète, 2005), le diplomate américain, seul contre tous. Pour cela, il se marie à merveille avec son épouse à l’écran, Naomi Watts, qui, pour le coup, surprend et étonne. Absolument rien de surprenant dans cette intrigue méta-politique; les gros méchants se nomment Dick Cheney & Karl Rove, mais on commence à en avoir l’habitude. De bonne facture, voilà tout.

Hors la loi de Rachid Bouchareb
Les Indigènes ont grandi. Ils ont égaré au passage le perdu Sami Nacéri. De 1945 à 1962, Rachid Bouchareb a décidé de relater l’Algérie d’après la Seconde Guerre Mondiale, de Sétif au Métro Charonne, de la Libération à Evian. Et le réalisateur algérien ne nous épargne rien. Les trois “frères” – Jamel Debouzze, Roschdy Zem, Sami Bouajila – représente à eux trois toutes les inquiétudes du peuple colonisé; l’un a décidé de s’émanciper dans cette France hostile, quand l’autre prend la tête du FLN parisien, et bien sûr le troisième navigue entre ces deux eaux. Les clichés enfilés comme des perles côtoient des scènes brillantes (ouverture à Sétif). Le film, produit par Tarek Ben Ammar et Jamel himself, souffre de pauvres dialogues  et d’une direction d’acteurs inexistante. Quand Assayas fait du cinéma pour la télévision (Carlos), Bouchareb semble, lui, faire de la télévision pour le cinéma, on verrait bien ce Hors la Loi dans un diptyque automnal sur France Télévisions suivi d’un débat d’Yves Calvi. La présentation du film ce vendredi, aura au moins eu l’intérêt de faire balader toutes les compagnies de gardes-mobiles de la région PACA dans un contexte de polémique sur-vendu.

En bref

Deux très bons premiers films, Simon Werner a disparu… du français Fabrice Gobert du côté Un Certain Regard, un teen-movie à la française dans une construction à la Elephant, comme si Gus Van Sant avait rencontré Riad Sattouf (dixit Eric Vernay dans Fluctuat); Gobert, au casting impressionnant pour un premier long – Agnès Godard en chef op’ et Sonic Youth à la compo musicale, excusez du peu – aura eu l’intelligence de planter l’action au début des années 90, un contexte délicieusement anachronique. Et Picco de l’allemand Philip Koch à la Quinzaine des Réalisateurs, un huis-clos ultra violent dans un centre pénitencier pour jeunes délinquants. Une mise en scène au cordeau.
Sinon, l’italien en compétition, La Nostra Vita de Daniele Luchetti, a déjà été oublié 24h après la projection (malgré 20 premières minutes intéressantes). Je serai italien, je laisserai les histoires de deuil à Nanni Moretti personnellement.
Pour clore cette cinquième chronique cannoise, je me rappellerai longtemps de ce que Frédéric Boyer, le délégué général de la Quinzaine, annonçait lors de la conférence de presse d’annonce de sélection le 20 avril dernier à propos d’A Alegria “le plus beau film brésilien de l’année”,… comment dire, beaucoup d’entre nous, en sortant de la projection, commençaient à se faire du souci pour la cinématographie brésilienne. Pénible, en tous points.

Je vous donne rendez-vous dimanche, peu avant l’annonce du Palmarès, pour ma dernière chronique avec quelques extra-movies vus à la dernière minute (Beauvois, Inarritu, Mikhalkov,…) et le Palmarès de WasK dévoilé, tout sauf objectif, bien sûr…


Uncle Boonmee,… de Apichatpong Weerasethakul - SO/CO   1
Fair Game de Doug Liman – SO/CO   3
Hors la loi de Rachid Bouchareb – SO/CO  1
La Nostra Vita
de Daniele Luchetti – SO/CO 1
Simon Werner a disparu…
de Fabrice Gobert – UCR 3
Picco
de Philip Koch – QR  3
A Alegria de Marina Meliande & Felipe Bragança – QR   2

.

Palmarès 2010 des sections parallèles

Posted on 21 mai 2010

affichesQRSIC

A deux jours de la grande soirée de clôture au Grand Théâtre Lumière, il est déjà l’heure des premiers lauriers du côté des sections parallèles. La Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs viennent de dévoiler leur palmarès 2010.

Semaine de la Critique 2010 – Palmarès

Grand Prix
Armadillo de Janus Metz

Prix SACD
Bi, Dung so! de Phan Dang Di

Prix OFAJ de la jeune critique
Sound of noise de Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson (voir chronique #4)

Quinzaine des Réalisateurs 2010 – Palmarès

Art Cinema Award
Pieds nus sur les limaces
de Fabienne Berthaud (à l’unanimité)

Prix SACD
Illegal de Olivier Masset-Depasse

Label Europa Cinemas
Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino (voir chronique #3)

Cannes 2010 episode four

Posted on 21 mai 2010

mardi 18, mercredi 19 mai,

Il y a des jours comme ça où le goût du risque n’est pas récompensé, trois premiers films (sur quatre projections), histoire de se mettre dans la peau du Président du jury de la Caméra d’Or, Gaël Garcia Bernal, et zéro révélations. De l’audace certes mais de l’ennui beaucoup.

Sound of noise de Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson.
Ce film suédois fait partie de la catégorie de ces films “le pitch qui tue, et pis c’est tout”.
L’idée vaut le coup d’être suivi. Un commando terroriste a décidé de prendre en main les sons et autres bruits urbain pour les détourner et même en faire une symphonie. Dit comme ça, on pourrait s’attendre au meilleur, sauf que ça s’arrête là. Pas d’approfondissement, une pauvre intrigue policière en toile de fond, un personnage de flic-enquêteur ubuesque. Restent des scènes piquantes – le dossier de presse certifie la véridicité des prouesses sonores du film “pas de trucages, que du réel”. Ok, mais un simple court métrage aurait sans doute suffi à nous en mettre plein la vue ? C’est ce qu’il fait d’ailleurs (cf. ci-dessous, 9’30″ d’éclates). C’est TousCoProd qui est derrière ce projet, alors on soutient.

Nous vous conseillerons aisément de passer sur les deux films suivants (je ne vois de toute façon pas comment ils pourraient trouver des distributeurs en France). Los Labios de Santiago Loza et Ivan Fund nous emmène (enfin nous perd) entre fiction et réalité, le destin de trois femmes décidées à oeuvrer dans des contrées argentines reculées, dans une sorte de mission médico-sociales des populations désoeuvrées. Heurkh. Un autre premier film espagnol a achevé ma journée, Todos vos sodes Capitans (Vous êtes tous des capitaines) de Oliver Laxe, où l’on ne voit pas où veut en venir le bel hidalgo pendant 1h30, à part nous montrer des rushs de ses films de vacances. “Passionnant”.

Fort heureusement, un film péruvien est venu sauvé ce triste bilan. Octubre des frères Diego & Daniel Vega, qui, pour leur première réalisation, nous conte la tranche de vie d’un quartier de Lima pendant le mois des festivités locales. Une formidable plongée dans l’intime des malfrats du coin, proxos, putes, dealers, petites magouilles et plein d’humanité.

Octubre


Sound of noise
de O. Simonsson & J.S. Nilsson – SIC   1
Los Labios de Santiago Loza & Ivan Fund – UCR   3
Todos vos sodes Capitans
de Oliver Laxe – QR 3
Octubre de Diego & Daniel Vega – UCR   2

.

Cannes 2010 episode three

Posted on 18 mai 2010

Samedi 15, dimanche 16, lundi 17 mai,

Sept nouveaux films: deux grands noms et deux belles confirmations.

Paradoxe des agendas, le hasard a voulu que deux films londoniens soient présentés le même jour: Woody Allen clôt avec You Will Meet A Tall Dark Stranger son époque anglaise avant d’entamer le tournage cet été de son premier long métrage parisien. Et Mike Leigh, quant à lui, a enchanté la Croisette avec Another Year.

You Will Meet A Tall Dark Stranger de Woody Allen.
Il est donc fini le temps de la période anglaise du génie new-yorkais, et nous serions tentés de dire tant mieux. Peu inspirés, un casting raté – mis à part la délicieuse Naomi Watts on se demande bien ce que viennent bien faire Anthony Hopkins et pire Josh BrolinAllen patine et s’embourbe dans une histoire desespérante, mille fois racontée. Il est très dur de ne pas sourire quand on voit l’ami Brolin reprendre les tics du réalisateur – emprunté, bégayant – on en serait presque à regretter Jason Biggs, c’est dire. Il faut dire que la projection a considérablement souffert de la comparaison d’avec l’autre film britannique du jour.

You will meet a tall dark stranger

Another Year de Mike Leigh.
La promenade des anglais sur la Croisette. C’est le premier film de la compétition qui semble faire l’unanimité auprès de la presse, autant française qu’internationale. Et c’est mérité. Mike Leigh réussit son coup. Raconter simplement l’histoire de gens simples, c’est ça le coup de force réussi par le réalisateur déjà palmé pour Secrets et Mensonges. Une année relatée en quatre déjeuners ritualisés: un couple a l’habitude d’inviter leur amie commune, célibattante mais tellement à la recherche d’une épaule masculine protectrice. Elle est jouée par Lesley Manville, absolument bouleversante en secrétaire hystérico-tourmentée. Si Leigh ne récolte pas de beaux lauriers (Palme ou Grand Prix), il est fort à parier que sa comédienne sera récompensée. Un succès de l’automne dans les salles françaises à n’en pas douter.


Deux confirmations

A peine un an après son premier long J’ai Tué Ma Mère – il avait tout raflé à la Quinzaine –  Xavier Dolan, à peine 20 ans, revient déjà avec son deuxième long Les Amours Imaginaires, mais cette fois il pointe le bout de son nez en Sélection Officielle, du côté Un Certain Regard. Après avoir conquis la critique l’an dernier, le jeune québécois va cette fois gagner le pari de la popularité, tant son film semble séduire un très large public, avec un spectre beaucoup plus mainstream. Tour à tour drôle, émouvant, et renouvelant sa mise en scène, Dolan touche juste et nous emporte à travers cette histoire d’amour à trois – Francis et Marie, épris de la même personne, se livrent à un duel malsain pour la conquérir. Dolan ou le génie énervant.


Autre ambiance pour Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs – une histoire de boucs italiens sans paroles. Un film complètement hypnotique, d’une beauté plastique rare, où l’on se surprend à suivre frénétiquement les aventures de ce village transalpin; une scène centrale brillantissime, qui à elle seule vaut la peine d’être goûtée, à la frontière entre Albert Serra et Jacques Tati, un plan-séquence tout en virtuosité.

En bref

La Hongrie nous habitue depuis quelques années à nous surprendre et démontrer, films après films, que de ce côté de l’Europe, la Roumanie n’est pas la seule à développer une vrai cinématographie. De Bela Tarr (un temps pressenti en sélection officielle) à Kornel Mundruczo (en compétition en fin de Festival), Un Certain Regard accueille la jeune Agnes Kocsis avec Pal Adrienn. Autant le dire tout de suite, à la présentation de la Sélection, j’avais porté beaucoup d’espoirs sur ce premier film, en rêvant y percevoir la même surprise que l’an dernier quand j’avais découvert Dogtooth de Yorgos Lanthimos. Malgré un début de film particulièrement audacieux et prometteur, la tonalité de la mise en scène perd au fil des (longues, plus de 2h) minutes en puissance pour nous perdre tout simplement (comme l’héroïne se perd dans son service de soins palliatifs).
Enfin, deux films en noir et blanc évitables sont venus clore une première partie de Festival grandement décevante. Le premier est américain, Shit Year de Cam Archer, sorte de chronique ultra-sophistiquée autour d’une star hollywoodienne où les effets de style viennent polluer la formidable performance de l’actrice principale Ellen Barkin. Et un ovni venu du plat pays, Little Baby Jesus of Flandr de Gust Van den Berghe ferait passer Le Quattro Volte (sus-cité) pour un blockbuster US en terme de rythme; foutraque, hyper référencé (on pense aux rois mages d’ El Cant desl Occels de Albert Serra) sans toutefois montré quoique ce soit; à sa conférence de presse, le nouveau délégué général de la Quinzaine, Frédéric Boyer, avait parlé d’ “un Belà Tarr burlesque et Breughel”, pour le burlesque on ne vous conseillera jamais assez de courir voir les joyeuses drilles de Matthieu Amalric en Tournée et pour le côté Bela Tarr rien ne vaudra plus que de (re)voir Les Harmonies Werckmeister.


Another Year
de Mike Leigh – SO/CO   1
You Will Meet A Tall Dark Stranger de Woody Allen – SO/HC   3
Les Amours Imaginaires de Xavier Dolan – UCR   3
Le Quattro Volte
de Michelangelo FrammartinoQR 3
Pal Adrienn de Agnes Kocsis – UCR  3
Shit Year
de Cam Archer – QR   3
Little Baby Jesus of Flandr de Gust Van den Berghe - QR   2

.