Chronique cannoise #3. Avec The Artist, Michael, Le Gamin au Vélo, la qualité de la Compétition ne se dément pas.
The Artist |Michel Hazanivicius Sortie France: 19 octobre 2011
Un film muet, en noir et blanc, en 2011. Voilà qui tenait du pari fou pour le couple complice et coupable bienheureux de la résurrection de Hubert Bonisseur de la Bath, alias agent OSS 117, le réalisateur Michel Hazanivicius et Jean Dujardin.
Produit par Thomas Langmann (La Petite Reine), et dopé par les frères Weinstein, le film tient du miracle depuis le début de sa conception. Le film, qui paraissait comme une petite bulle, une parenthèse enchantée dans la carrière de Dujardin, semble avoir dépassé les premiers intéressés. Annoncé dans la sélection officielle, le 14 avril dernier, hors compétition, le film a subi un surclassement surprise à une semaine du début du Festival. Après Polisse, il est le 2è des 4 films français en Compétition à être présenté.
Une ode au cinéma. Que ceux qui ne pensent pas voir un film muet
dans le style de ceux que l’on pouvait voir dans les années 1920 passent leur chemin, c’est exactement ce que le The Artist propose. Habitué de la dérision, Hazanivicius et Dujardin délivrent là un film d’amour au cinéma au premier degré, certes ponctué de quelques effets de manches savoureux. La limite du film est là: quel intérêt peut avoir cet exercice de style aujourd’hui en 2011 ? Pourquoi ne pas préférer remplir les salles du programme Cannes Classics qui regorge de pépites de cette époque-là ?
Oui, mais voilà, The Artist est un vrai plaisir de cinéphile avec une distribution parfaite: Jean Dujardin est comme à son habitude sans fausses notes, Bérénice Béjo qui lui “donne la réplique” (retrouvailles depuis le premier OSS 117) est la plus étonnante de cette galerie de personnages, pétillante à souhait (“Béjo n’a jamais été aussi juste dans un personnage, vers une carrière dans le cinéma muet” ai-je pu entendre sur une Croisette taquine).
Une bulle de champagne dans la Compétition 2011
Michael |Markus Schleinzer Sortie France: indéterminée
Markus Schleinzer est autrichien. Comme Michael Haneke et Natascha Kampusch. Il fut le directeur de casting du premier nommé (il était notamment en charge du casting des enfants pour Le Ruban Blanc) et a choisi pour son premier essai à la réalisation de raconter une histoire proche de celle de la jeune femme séquestrée pendant des années.
Quand Michael n’est pas celui que l’on croit. On ne pouvait pas s’attendre à autre chose de la part de Schleinzer. Lui, qui n’a pas hésité à appeler son premier film Michael (!), a signé une réalisation maîtrisée à l’extrême, hanekienne. Clinique, réfléchie, froide, austère, la mise en scène de Schleinzer impressionne.
Arrivé à Cannes comme LE scandale annoncé du Festival 2011, Schleinzer évite tous les écueils de l’exercice. Chaque plan est soigné, comme la vie de Michael, le tortionnaire ordinaire. Des morceaux de bravoure laissent présager de la naissance d’un grand cinéaste – la tentative de rapt et la scène finale nous renvoient à notre bon souvenir même trois jours après avoir vu le film.
Quand austérité rime avec virtuosité. Un candidat certain pour la Caméra d’Or.
Le Gamin au Vélo |Luc et Jean-Pierre Dardenne Sortie France: 18 mai 2011
87 minutes. C’est le temps de la tenue en haleine du nouveau film des frères Dardenne. Pas un moment de répit pour les spectateurs. La faute à un belge de gamin et son vélo, empêtré dans une course folle en quête de paternité et de reconnaissance affective. Une échappée virevoltante, pour reprendre des termes cyclistes.
Cyril (pour)suit la trace de son père fuyant. Placé en foyer, il est généreusement recueilli par Samantha, qui n’aura de cesse de venir en aide au jeune incontrôlable.
Le Gamin au Vélo, c’est d’abord la réussite d’un casting: le jeune Thomas Doret est de tous les plans du film; il incarne à lui tout seul toute la tension du scénario. Sa fougue éperdue, son hyper-activité irraisonnée font de ce personnage central le coeur de la réussite du nouveau film des frères double-palmés. Idéalement encadré par la superstar Cécile de France (magnifique de justesse) et Jérémie Rénier, le jeune Thomas Doret incarne un scénario parfaitement ficelé (comme souvent chez les Dardenne serions-nous tentés de dire).
Sous des faux airs de simplicité, Le Gamin au Vélo s’impose comme une oeuvre majeure des belge multi-primés. Une fois n’est pas coutume, il ne sera pas nécessaire d’attendre l’automne pour découvrir le film: il sort dans les salles françaises dès ce mercredi.
The Artist de Michel Hazanivicius SO/CO
Michael de Markus Schleinzer SO/CO
Le Gamin au Vélo de Luc et Jean-Pierre Dardenne SO/CO

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