CANNES 2012
Compétition

ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ. OU PAS.

Arkansas. Ellis et Neckbone, 2 copains inséparables de 14 ans, découvrent, lors d’une de leurs navigations quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est le mystérieux Mud : une dent en moins, un serpent tatoué sur le bras, un flingue, une chemise porte-bonheur, et une bateau perché dans les arbres !

Mud, c’était d’abord la grosse surprise lors de la révélation de la sélection cannoise le 19 avril dernier. A peine un an après la tempête Take Shelter, grand triomphateur du 64è Festival de Cannes rétrospectivement depuis le strapontin de la compétition à la Semaine de la Critique, le jeune américain Jeff Nichols, était donc déjà prêt à montrer son nouveau film. Et Mud confirme ô combien le talent du réalisateur.

Quel soulagement de voir un film comme Mud à Cannes ! De l’esprit, de la modestie, une certaine idée de l’humanité aux confins de ce Sud de l’Amérique et du Mississipi, Nichols nous embarque comme des enfants. Pour un script écrit il y a quelques années, il est étonnant de voir combien la jeune génération américaine épouse les mêmes thèmes, les mêmes territoires. Deux des meilleurs films de Cannes 2012 sont très proches dans le caractère: Beasts of the Southern Wild de Benh Zeitlin abordait déjà du côté Un Certain Regard cette terre initiatique aride, ce passage de l’enfance à l’âge adulte, la prise en main directe de son propre destin.

Dans les 2 films, les Beasts… comme Mud, les jeunes acteurs sont stupéfiants. On se met même à rêver qu’une Terre apocalyptique se laisserait repeupler par un couple Ellis (Mud) et Hushpuppy (Beasts…), la rencontre serait électrique mais la Terre sauvée. C’est sûr.

Mud, c’est aussi la résurrection d’un acteur, Matthew McConaughey. Pathétiquement perdu chez Lee Daniels dans The Paperboy, McConaughey est juste, énigmatique, puéril et gauche mais tout simplement coupable de l’une des plus belles scènes du Festival lors de ses retrouvailles fortuites avec Reese Whiterspoon.

Mud est un chef d’oeuvre tranquillle, un film qui coule de source et qui marche sur l’eau, pétri d’onde positive. Et cela ne fait pas de mal après ces 10 jours des fête cinéphilique, qui ne nous garantit pas tous les jours, loin s’en faut, de tels moments de poésie pure.

MUD (2h10) de Jeff Nichols. US
Sortie France. 01/05/13
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