L'actualité du Festival de Cannes [et bien plus encore] depuis 2010

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Raùl Ruiz et Rebecca Zlotowski, Prix Louis-Delluc 2010

Posted on 17 décembre 2010

Le rendez-vous manqué de 2010. Les Mystères de Lisbonne de Raùl Ruiz vient d’être honoré par le prestigieux prix Louis-Delluc 2010. Et forcément, l’on sera tenté de regretter que cette fresque lusitanienne plébiscitée par une critique exceptionnellement unanime n’est pas pu connaître un destin plus prestigieux.

Alors, oui, tour à tour sélectionné à San Sebastian, Toronto, ou encore New York, et malgré ce « Goncourt » du cinéma – comme on surnomme pompeusement le prix Louis-Delluc – attribué aujourd’hui, il y a matière à penser que cette oeuvre aurait fait belle figure dans la triste sélection cannoise 2010…, par exemple. Et ce n’est pas le Président du jury de ce prix – un certain Gilles Jacob – qui devrait nous contredire.

Le Prix Louis-Delluc du 1er film a pour sa part été attribué à Rebecca Zlotowski pour Belle Epine (illuminée par Léa Seydoux). Sélectionné à la Semaine de la Critique en mai dernier, ce prix vient encore une fois saluer la très bonne forme et les choix audacieux de Jean-Christophe Berjon et son équipe.

WasK is bacK !

Posted on 1 septembre 2010

Quel plus beau jour que celui de la sortie sur les écrans français de l’Oncle Boonmee pour faire son retour ??

En attendant, une activité – je l’espère – croissante du blog dans les semaines à venir, je vous propose de relire mes articles concernant la dernière Palme d’Or du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul.

Cannes 2010 episode five le 22 mai 2010
Cannes 2010 mon Palmarès le 23 mai 2010
Cannes, le palmarès 2010 « Ave Api ! » le 23 mai 2010
Face à la une honteuse du Parisien,… le 25 mai 2010
Cannes 2010 en 10 films le 1er juin 2010
Thierry Frémaux dresse le bilan du 63è Festival le 8 juin 2010

On se souvient les atermoiements des différents distributeurs (Isabelle Regnier, Le Monde, 01.06.10) avant l’annonce du palmarès cannois le 23 mai dernier, c’est finalement Pyramide qui avait décroché les droits au lendemain du Festival 2010 – ce même Pyramide qui avait pourtant refusé d’investir dans le film alors au stade du scénario.
Vous trouverez la bande-annonce d’Oncle Boonmee… celui qui se souvenait de ses vies antérieurs, Pyramide n’a d’ailleurs pas hésité à introduire le trailer par l’annonce cannoise du Président Burton « The Palme d’or goes to… »

Thierry Frémaux dresse le bilan du 63è Festival

Posted on 8 juin 2010

Thierry Frémaux

A l’issue d’un Festival annoncé, dès le mois d’avril, comme l’un des plus compliqués à mettre en place – baisse de la production cinématographique cause contexte de crise économique, polémiques politiques stériles, déficit de grosses productions US, absence de stars hollywoodiennes – Thierry Frémaux dressait un bilan sans concessions du 63è Festival en répondant aux questions des internautes du site internet de L’Express le 26 mai dernier. Le délégué général du Festival de Cannes en profite, au passage, pour délivrer une attaque en règle contre Le Figaro.

« Le Figaro a tapé sur Cannes du premier au dernier jour – c’en est presque une tradition pour eux. C’est à se demander s’il faut continuer à les accréditer. » -Thierry Frémaux

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Je vous propose le VERBATIM EXHAUSTIF du chat entre Thierry Frémaux et les internautes de L’Express.

Slybono: En quoi consiste votre rôle lors des délibérations du jury ? Intervenez-vous d’une manière ou d’une autre ?
Thierry Frémaux:Avec Gilles Jacob, nous assistons seulement à la dernière délibération du jury, mais à aucune réunion intermédiaire. Notre rôle se limite à veiller au respect des règlements et au principe que tout soit terminé à l’heure du déjeuner. Nous n’intervenons jamais, sauf si une question nous est posée. Les jurés doivent se sentir totalement libres, et ne jamais penser que qui que ce soit d’extérieur à leur groupe s’est mêlé du résultat final. Ainsi, le palmarès est le fruit de leur travail et de rien d’autre.

Thibault : Selon vous, comment s’est passé le Festival de Cannes cette année ?
Thierry Frémaux:
Je l’avais dit : c’était une année difficile. Et les premiers jours l’ont confirmé. On ne parlait guère de cinéma, mais d’éléments extérieurs : polémiques politiques, considérations volcaniques et météorologiques, « Godard viendra-t-il ou non », etc. Je sentais un peu d’agressivité ici et là dans certains journaux, comme si on attendait un « big problème ». On y est habitués, dois-je ajouter. Puis, peu à peu, tout s’est calmé, l’ambiance s’est réchauffée, les films se sont imposés, le débat sur le cinéma a repris cours. A l’arrivée, le Palmarès a fait comprendre que le jury avait sérieusement regardé la sélection, en avait fait une lecture joyeuse et rigoureuse. Bref, Tim Burton a imposé sa patte.

Elodie : J’ai une question qui me taraude : il a été beaucoup question du réalisateur Jafar Panahi. Sa grève de la faim, les larmes de Juliette Binoche, son hommage lors de la remise de son prix. Le réalisateur a été libéré sous caution. Le battage médiatique a servi et je m’en réjouis. Sera-t-il membre du jury l’année prochaine au Festival de Cannes 2011. Merci de votre réponse.
Thierry Frémaux:
Nous nous réjouissons comme vous de la meilleure fortune qui est faite à Jafar Panahi. Attendons de voir comment évolue sa situation pour prendre une décision sur Cannes 2011, qui est encore loin. Ce qu’on peut lui souhaiter, à part de retrouver les siens dans les meilleures conditions, c’est qu’il reprenne le chemin du cinéma et qu’il nous revienne avec un film.

Slybono: Quels sont vos regrets concernant l’édition 2010 (palmarès, sélection, etc…) ? Et quels ont été vos joies, vos moments forts ?
Thierry Frémaux:
Sur la sélection, le grand regret est évidemment d’avoir dû enregistrer la défection de dernière minute de Terrence Malick (et donc, outre de la présence de son film, de celles de Sean Penn et Brad Pitt). Sur le Palmarès, je n’ai pas principe aucun regret, juste la satisfaction d’avoir un jury heureux des films qu’il a vus. Ma joie, sans chauvinisme aucun, c’est de voir à quel point le cinéma français est aimé par les étrangers. Aussi d’avoir fait comprendre le sens de la sélection du téléfilm d’Olivier Assayas. Les moments forts, ce sont comme à chaque fois, la libération par les applaudissements à la fin des films – aucun n’a été chahuté, ni sifflé. Il y avait une belle communion dans les salles.

Helvète: Encore une fois, c’est un film que je n’ai pas envie de voir, ni même de découvrir. C’est pas la palme d’or, mais la « palme dort ». A chaque fois, on récompense un film « chiant ». Déjà l’année dernière avec Le ruban blanc. La palme d’or grand public revient à Pulp Fiction en 94 et Le pianiste en 2002. Qui a vu Le Goût de la cerise, L’anguille, L’éternité et un Jour, 4 Mois, 3 semaines, 2 jours et Le Ruban blanc ? A mon avis, pratiquement personne…
Thierry Frémaux:
Oui, « la palme dort », c’est devenu un grand cliché depuis que Libé l’avait mis en valeur. Il serait trop long de débattre de tout ça. Je vois à peu près quel type de cinéma vous plait, Helvète, et visiblement le cinéma d’auteur n’est pas votre truc (même si comme vous je considère bien entendu Tarantino et Polanski comme des auteurs). Disons que la Palme est attribué par un groupe de 9 personnes dont il fait accepter la subjectivité et les goûts. C’est le principe. Le film de Xavier Beauvois, Grand Prix, sera un grand succès public. Et les films que vous citez sont tous des grands films. Cannes ne récompense pas un film pour d’autres critères que celui de son apport artistique. De ce point de vue, le jury a très bien travaillé et le film thaïlandais récompensé sera le plus grand succès de son auteur. Par ailleurs, votre conception du « chiant » est un peu raide : des films « chiants », je peux vous en montrer, auprès de quoi Le Ruban blanc, c’est Chantons sous la pluie.

Beaumarchais : Pour le Figaro c’est la Palme de l’ennui ? Y a du vrai là-dedans ? Le journal parle de riches qui adorent parler d’une misère qu’il voit de loin, y a du vrai la dedans ?
Thierry Frémaux:
Le Figaro a tapé sur Cannes du premier au dernier jour – c’en est presque une tradition pour eux. C’est à se demander s’il faut continuer à les accréditer. Il y a tellement de gens qui adoreraient venir à Cannes, et ils offrent le spectacle désolant de gens qui se moquent des films et des gens, qui n’aiment rien, qui n’y connaissent rien. Bref, s’ils souffrent, il est inutile pour eux de revenir.J’aime beaucoup les livres d’Eric Neuhoff, qui est le critique le plus sévère de Cannes, mais je connais des gens qui les considèreront comme élitistes : parler de Paul Gégauff, etc., ne me semble pas relever d’un sujet très populaire. On est toujours l’élite de quelqu’un!
A part ça, qui ne connaît pas la peinture sera circonspect devant une toile de Jackson Pollock ou de Mark Rothko : il aura le droit d’avoir son opinion mais pas d’en faire un étendard du goût. Sinon, quelqu’un aura exaucé le voeu de Van Gogh de voir ses toiles détruites.

Diane : Après l’année dernière avec Charlotte Gainsbourg, Un prophète et Alain Resnais, cette année Juliette Binoche, Matthieu Amalric et Des hommes et des dieux sont récompensés. Pensez vous que le cinéma français soit reconnu à sa juste valeur ? J’ai tellement rêvé d’une Palme d’or pour Xavier Beauvois…
Thierry Frémaux:
Il a failli l’avoir ! Et le débat qui préoccupe les gens serait réglé. Il n’aurait d’ailleurs pas été injuste que Beauvois l’obtienne et Apichatpong Weerasethakul obtienne le Grand Prix.
Toujours est-il que oui, le cinéma français est fortement reconnu. Beauvois et Amalric sont au Palmarès avec Juliette Binoche, le film de Tavernier a rencontré un beau succès lors de ses présentations, Carlos d’Assayas a magnifiquement tenu son rang. Cannes depuis 2004 est devenu une belle vitrine du cinéma français et c’est une bonne chose. La France se fait remarquer par la valeur artistique de ses oeuvres, c’est bien, car Cannes se veut avant tout un festival international.

La Barbe : Peut-on espérer qu’à nouveau, en 2011, aucune femme réalisatrice ne fasse partie de la sélection officielle ?
Thierry Frémaux:
Ah la Barbe ! J’ignore si vous êtes un ou plusieurs mais vous êtes d’une efficacité rare pour propager vos idées antiféministes. Cela dit, je vous répondrai comme à qui poserait cette question dans l’autre sens (car nous sommes très critiqués pour ne pas avoir sélectionné de femmes réalisatrices) : nous ne faisons pas de quotas. Si un film est bon, il y sera, qu’il soit réalisé par un homme ou par une femme. C’est le moindre des respects à leur témoigner de leur laisser penser qu’elles seront jugées comme les hommes. A part ça, il faut reprendre le problème en amont : pas plus qu’en politique, les femmes ne sont présentes en cinéma. Cannes n’en est pas la cause, juste le reflet.

Tim : Bonjour M. Frémaux, dans son Spécial Cannes, Télérama interroge une personne liée au cinéma qui dit en substance « interrogez-vous pour savoir pourquoi Thierry Frémaux sélectionne deux films sur l’Algérie  » Le mieux étant de poser la question à l’intéressé, qu’a-t-il voulu dire ?
Merci,
Thierry Frémaux:
Ben, je ne sais pas. Là encore, la vraie question est : pourquoi en 2010, y a-t-il deux films sur l’Algérie? Une sélection fait avec les propositions cinéma de l’année. On avait deux films sur l’Algérie possibles, ils y sont in fine tous les deux. Ils auraient pu ne pas y être. Le talent de Xavier Beauvois et de Rachid Bouchareb a fait le reste.

Renoir : Bonjour, j’ai regardé la cérémonie et c’était d’un ennui terrible ! Quand allez vous faire en sorte que ça vive ? Et qui plus est on a enchaîné les  » fils de  » : Amalric, Devos, Gainsbourg et j’en oublie ! Moi-même je rame pour être acteur et j’en ai assez ! Je pensais qu’en France l’important c’était son talent pas son nom…
Thierry Frémaux:
Mathieu Amalric est le fils d’un journaliste, je ne vois pas en quoi, en cinéma, il serait un « fils de… ». Emmanuelle Devos est l’enfant de qui? Pas de Raymond Devos, il me semble, si c’est cela que vous insinuez. Charlotte Gainsbourg s’est imposée toutes ces années sans que sa filiation en soit responsable. Si vous voulez être acteur, battez-vous, ne regardez pas dans l’assiette des autres. Et vous y arriverez, si vous voulez… et si vous avez du talent, puisque vous n’avez pas de nom (mais Renoir est un joli nom).

Serge Danet : Bonjour, comment avez-vous reçu les critiques des médias qui ont été d’une violence rare cette année contre le Festival ? Et comment l’expliquez vous ?
Thierry Frémaux:
Bonne question. Régulièrement, on sait, on sent, que l’opinion va être hostile à Cannes. La dernière fois, c’était en 2003 (mais la sélection comportait quelques faiblesses). Depuis, beau fixe. Nous savions que ça nous pendait au nez et que cette année, rien ne nous serait épargné. En même temps, comme je le disais, ça s’est finalement bien terminé – à part le Figaro qui ne nous a jamais lâché.
D’ailleurs, la place de numéro 1 impose des devoirs, d’avoir le cuir dur et de ne pas se formaliser des excès d’opinion ici et là, surtout en ces temps d’Internet. On n’est pas si mal traités. Cela dit, il y a quelque chose qu’en effet, je ne suis jamais parvenu à expliquer : Cannes suscite énormément de passions mais aussi énormément de rejet. Et souvent, ce rejet est exprimé par des gens qui exigent de s’y faire inviter, par des gens qui viennent, qui y vivent, qui en vivent. Je connais bien le milieu du foot et les journalistes sportifs ont souvent la dent dure. Mais jamais ils ne déconsidèreraient le sport ou l’événement qui les fait vivre. Ils vont partir en Afrique du sud et ils s’en réjouissent. Nous, Cannes n’est pas commencé qu’ils sortent déjà les fusils, faisant des lignes et des lignes sur des films qu’ils n’ont pas encore vus.

Lolo : Est-ce que vous pleurez parfois au cinéma ?
Thierry Frémaux:
Oui, souvent. J’attends du cinéma qu’il me donne ces émotions-là. Je suis retourné pendant la projection officielle voir la fin du Xavier Beauvois uniquement parce que je voulais revivre l’émotion que j’avais ressentie la première fois pendant la sélection.

Cruella : Bonjour, est-ce que c’est vrai qu’Helena Bonham Carter a tout fait pour que son époux Tim Burton n’aille pas au Festival (elle dit détester le Festival) ?
Thierry Frémaux:
Chère Cruella, la dernière fois que j’ai rencontré Helena, c’était il y a un mois lorsque Frédéric Mitterrand a remis une décoration à Tim. Elle m’a redit à quel point elle avait aimé sa participation au Festival comme juré. Elle m’a dit aussi qu’elle ne pourrait pas venir car les enfants avaient école et qu’elle resterait à Londres.

Oriane : La palme d’or à un film thaïlandais. Apichatpong Weerasethakul était aux anges. Je crois que le film n’a pas de distributeur. Comment trouver un distributeur ? Va-t-on le voir en salle pour se faire une idée ? Car les critiques sont assez partagées.
Thierry Frémaux:
Ça y est le film a un distributeur : Pyramide qui distribue habituellement les films de Fatih Akin, de feu Youssef Chahine, d’Alain Cavalier et d’Aki Kaurismaki. Il sortira donc en salles… et vous pourrez vous faire une idée.

Curieuse : Bonjour, y a-t-il un ou une artiste que vous aimeriez faire venir à Cannes et qui refuse de venir ?
Si oui, qui et pourquoi ?
Thierry Frémaux:
Non, non, personne ne refuse de venir à Cannes. Mais il faut avoir une bonne raison d’y être et souvent les artistes ne veulent pas qu’on considère qu’ils sont venus uniquement pour se montrer sur le tapis s’ils ne sont pas là parce qu’ils ont un film ou qu’ils sont dans l’un des jurys. Sur un terme de, disons, 5 ans, tout le monde vient à un moment ou à un autre.

Milord : Pourquoi tout le monde s’est désisté cette année ?
Thierry Frémaux:
Tout le monde ne s’est pas désisté, mais si vous en avez l’impression c’est qu’en effet, la presse en a fait grand cas. Reprenons :
- Ridley Scott a subi des complications à la suite d’une opération au genou. Tout était prévu pour qu’il soit là, mais ses médecins lui ont interdit de voyager. Il est était super triste.
- Sean Penn m’a confié la mort dans l’âme qu’il ne viendrait pas car il devait, le jour de la présentation de Fair Game à Cannes, prononcer une conférence importante devant le Sénat Américain au sujet d’Haïti pour lequel il s’engage énormément.
- Jean-Luc Godard n’est pas venu présenter son film, sans que j’en connaisse les raisons profondes. Sans doute sont-elles personnelles et dans ce cas, je les respecte même si nous avons été surpris et un peu fâchés de ce désistement de dernière minute.
Cela fait donc 3 cas sur… 400 invités!
Et le réalisateur de la Palme d’Or a failli ne pas venir en raison des événements qui explosaient à Bangkok. On aurait compris qu’il puisse ne pas venir. Il était là !

Jean-Philippe : Bonjour, pourquoi la mairie de Cannes s’est-elle associée à la manifestation contre la présence en sélection de Hors la loi ? Evitez la langue de bois SVP… Merci
Thierry Frémaux:
Pas de lange de bois, d’accord. La Mairie de Cannes ne s’est pas associée, elle a organisé ce rassemblement avec la Préfecture. Son but : non pas protester contre la présence en Sélection de Hors la loi, mais rendre hommage à TOUTES les victimes de la Guerre d’Algérie. Dès lors que le trouble était semé dans l’esprit des populations, l’intention était bonne car il ne fallait pas laisser l’initiative aux extrémistes de tout poil. Ainsi, Bernard Brochand, qui a fait preuve de calme et de lucidité (qui bien sûr n’intervient jamais dans les affaires de Sélection), a pu cristalliser sur ce rassemblement pacifique une part des inquiétudes, infondées mais qui montaient fortement, sur le film de Bouchareb. Et les a désamorcées, avec conviction et humanisme, évitant ainsi les initiatives des extrémistes. A l’arrivée, tout s’est bien passé.

Fighto : Bonjour, est-ce vrai que Emir Kusturica et Benoît Jacquot ont failli se battre quand ils étaient membres du jury ?
Thierry Frémaux:
Ah, ah… A l’arme blanche? En duel public sur la Croisette? C’est la première fois que j’entends ces sornettes.

Antoine : Est-ce vrai que Godard aurait dit qu’il n’avait en fait jamais prévu de venir à Cannes, mais que c’est de la faute de son producteur ?
Thierry Frémaux:
Godard, on le sait, n’est guère bavard. Donc, on n’en sait pas plus sur les raisons qui l’ont conduit à annuler sa venue. A moi, il avait confirmé qu’il serait à Cannes et nous l’attendions de pied ferme. Puis, nous avons reçu son fax où il disait son intention de ne plus venir. Vous en savez autant que moi.

Toto : Que changeriez-vous dans le Festival de Cannes ?
Thierry Frémaux:
Le Festival de Cannes est comme un gros paquebot : un petit coup de gouvernail provoque un large virage dont les effets nous parviennent avec un décalage. L’évolution de Cannes se fait donc en douceur, lentement, mais réellement. Cannes est plus que jamais l’un des plus grands événements médiatiques du monde, le plus grand marché du cinéma, le plus grand rendez-vous artistique, etc. Même en ces temps de crise, il y a quelque chose d’un optimisme qui était dans l’air.
Il est sûr qu’il faut rester attentif et ne pas craindre le changement. Ce n’est pas le lieu d’en parler ici, mais avec Gilles Jacob, nous sommes penchés sur la réflexion qui verra le Festival continuer à évoluer.

Cassandre : Comment voyez vous Cannes dans dix ans ?
Thierry Frémaux:
Joker !

Robespierre : Selon Télérama et son enquête sur Cannes et le cinéma, vous inspirez de la  » terreur  » ! Pourquoi tant de passions ?
Thierry Frémaux:
Ah bon? A qui j’inspire de la terreur? Aux productions qui nous montrent leurs films et qui craignent le caractère implacable de notre réponse, sans doute. Et en effet, c’est un métier terrible. Nous voyons 1500 films et je dis 1450 fois « non ». Seuls 50 films restent en lice à l’arrivée. C’est en effet « terrifiant ». Il y a tellement d’enjeux, de passions. Pourquoi? Parce que ce mélange d’explosion artistique, médiatique et commercial est explosif! Et il est tout à fait normal que les esprits s’échauffent.

Jeremy : Bonjour M. Frémaux. Tout d’abord merci à vous et M. Jacob, sur les 200 à 250 films que je vais voir chaque année, je retrouve toujours une majorité de films sélectionnés par vos soins (et ceux de Gilles Jacob) dans mes 10 – 20 favoris. Soit vous faites bien votre job, soit nous avons le même mauvais goût.
Voici la question:Jusqu’à quel point le sélectionneur peut se sentir «responsable» de la mauvaise réception d’un film (Par exemple Richard Kelly pour
Southland Tales par exemple, ou, au contraire d’avoir aidé un film (4 mois, 3 semaines, deux jours de Cristian Mungiù).Et cessez donc de programmer des films à des 22h, 22h05 grand fou.Voilà, encore merci à vous pour votre oeil…
PS: Avez vous eu la tentation de sélectionner le match retour de l’OL contre le Bayern de Munich en séance de minuit, avec un sticker pour prévenir les âmes sensibles?
Thierry Frémaux:
D’abord, on ne sélectionne qu’une cinquantaine de films, pas 200/250. Et Gilles Jacob ne participe plus à la sélection proprement dite depuis 2004. Vous êtes mal renseigné, mais vous avez raison de souligner qu’en fin d’année, les films de Cannes figurent toujours au Palmarès des meilleurs films, et qu’ils se retrouvent aux Césars par exemple.
Sur la question de la responsabilité, la mienne est totale et je l’assume totalement, pour le meilleur et pour le pire. Je répète sans cesse la même chose : « Quand la sélection est jugée bonne, c’est grâce aux films, quand elle est jugée mauvaise, c’est à cause du sélectionneur ». On est habitués aux coups.
PS : le match retour Lyon-Munich était un très mauvais film, aucune chance d’être sélectionné !

Rocco : La presse rapporte que Tim Burton n’a pas été très présent et que Benicio Del Toro passait son temps dans les fêtes ? C’est vrai ou presque pas vrai ?
Thierry Frémaux:
Que Benicio ait beaucoup fait la fête, je ne vais pas démentir, il y a des preuves ! Mais il dormait ses huit heures par nuit, et n’a évidemment manqué aucune projection. Et il a contribué aux débats du jury de façon formidable. Pour le reste, nous ne sommes pas des Folcoches, les jurés font la vie qu’ils veulent. 
Tim Burton nous a surpris par son engagement, son sérieux, l’amitié qu’il a montré envers les membres du Jury. Il fallait les voir les dernières heures, à s’échanger leurs adresses et téléphones. J’ai découvert le premier jour que Victor Erice était le héros de Benicio, et le dernier jour qu’il était devenu très ami avec Tim Burton. Les belles histoires fourmillent sur ce jury.

Belle : Comment avez-vous réagi au sondage du Parisien montrant l’hostilité des Français contre Cannes ?
Merci.

Thierry Frémaux: Je ne lis quasiment pas la presse au moment de Cannes car je n’en ai pas le temps. Je vais donc regarder ça avec attention. Le Parisien se montre hostile au cinéma français depuis quelques mois : après le CNC, voilà que Cannes a droit aux honneurs des sondages.
Il m’est difficile de développer ici ce pourquoi Cannes peut susciter un rejet. Mais je le comprends en grande partie. Sa sur-médiatisation est en contradiction avec le fait que le Festival est réservé aux professionnels. Et une partie de la presse qui s’y précipite et en profite l’attaque en permanence. Nous nous plions en quatre pour accueillir tout le monde et en sommes guère récompensés.Et nous ne pourrons jamais rétablir la vérité sur tous les mensonges et contrevérités qui circulent sur l’institution.
Par ailleurs, il me semble que notre pays n’est actuellement pas dans la plus grande cohésion, le climat général est tendu, etc. Cannes en fait les frais aussi.

Oncle Doc : Bonjour, j’ai vu Oncle Boonmee en projection et beaucoup dormait ! Alors le public ! Le film ne fera pas mille entrées !
Quand on le compare au magnifique
Another year c’est honteux !
Thierry Frémaux:
Honteux est-il le bon adjectif? Le film fera évidemment plus de 1000 entrées ne vous inquiétez pas. Et si les gens dorment c’est qu’ils manquent de sommeil. C’est un peu ça le problème à Cannes : les gens font la fête, s’endorment aux projections et écrivent des bêtises.

Mathieu : Bonjour, comment vous sentez-vous maintenant que tout est fini et qu’allez-vous faire maintenant ?
Thierry Frémaux:
Eh bien, à part un week-end plus long dès demain soir, je serai de retour à Paris dès lundi et avec l’équipe et le Président Jacob, nous allons faire le bilan, analyser l’ensemble des critères sur lesquels nous basons nos études et… préparer la suite!
Ce chat m’est aussi utile pour sentir l’état de l’opinion car c’est de façon lucide que nous procédons à nos discussions. Je sais déjà qui est au travail en ce moment et qui sera prêt pour 2011. Cannes recommence déjà…

Diego : Pourquoi ai-le sentiment que l’environnement du festival (je n’en peux plus des people qui défilent « Au grand journal » en particulier) est de plus en plus « vulgaire » et bavard ?
Thierry Frémaux:
Ce sera, je crois la dernière question et donc ma dernière réponse… qui n’en sera pas une. Disons que l’époque de super communication et d’Internet n’aide pas au silence et au recueillement ! Et que l’agitation se multiplie de partout. C’est l’époque qui est vulgaire et bavarde. Le Jury récompense des films qui sont exactement l’inverse : prenez le Palmarès, il y a une lecture du monde qui est celle que visiblement vous appelez de vos voeux (et moi avec vous)…
Cela parmi le parasitage de Cannes dont nous ne sommes pas responsables, je ne mets évidemment pas le Grand Journal qui accompagne le Festival de façon fidèle et drôle. Leur best of était superbe.

Cannes 2010 en 10 films

Posted on 1 juin 2010

Voilà déjà neuf jours que Maître Burton a consacré l’Oncle Boonmee… d’Apichatpong Weerasethakul.

 

En une semaine à peine, le temps a déjà bien fait son effet: le soufflé médiatique est bien retombé, la presse s’est bien déchaînée sur la Palme d’or, il est donc l’heure, avec du recul, de revenir sur les 10 moments/films/émotions à retenir de cette 63è grand’ messe cinématographique azuréenne.

10. TOURNÉE de Mathieu Amalric – SO/CO
Sortie France 30 juin 2010

« Le new burlesque façon Amalric a déferlé sur la Croisette. Un rythme endiablé et l’ombre d’un J. Cassavettes qui plane au-dessus de ce film, c’est dire.
La (trop rare) bouffée d’air frais de ce Festival 2010. » (v. chronique #1)

9. MARTI, DUPA CRACIUN (Mardi, après Noël) de Radu Muntean – UCR
Sortie France indéterminée

« Il se passe vraiment quelque chose du côté du cinéma roumain. Muntean nous régale avec une mise en scène ciselée, faite de plans séquences au cordeau. La déliquescence d’un couple sur trois jours autour de Noël. Magistral.
Passé totalement inaperçu en début de Festival, le film sera assurément le coup de coeur de la critique à sa sortie. » (chronique #1)

8. LA MIRADA INVISIBLE (L’Oeil invisible) de Diego Lerman – QR
Sortie France indéterminée

« 1982. La chronique du Lycée National de Buenos Aires ou le portrait d’une jeune surveillante tourmentée. Diego Lerman peint le portrait en creux d’une Argentine entre deux époques.
Un film tendu, passionnant, au final désarmant » (v. chronique #2)

7. SIMON WERNER A DISPARU… de Fabrice Gobert – UCR
Sortie France septembre 2010

Gus Van Sant vs. Riad Sattouf. « Un teen-movie à la française planté au début des années 90. Avec une construction façon Elephant, Fabrice Gobert signe un premier film maîtrisé (Agnès Godard en chef op’ et Sonic Youth à la compo musicale, excusez du peu). » (v. chronique #5)

6. SCHASTYE MOE (Mon Bonheur) de Sergeï Loznitsa – SO/CO
Sortie France indéterminée

« Dans la pure tradition du cinéma austère russe, l’ukrainien Sergeï Loznitsa s’inscrit, dès sa première réalisation, dans la lignée, par exemple de Andreï Zviaguintsev. Aussi brillant qu’implacable. » (v. chronique #6)

5. LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan – UCR
Sortie France 29 septembre 2010

« On peut prédire à cette ronde romantique à trois qu’elle sera l’un des plus beaux succès populaires de tous les films sélectionnés à Cannes cette année. Car, à un an à peine d’intervalle, commettre deux films aussi forts et différents que J’ai tué ma mère et Les Amours Imaginaires démontre, s’il en était besoin, combien le jeune (oui, il n’a que 21 ans, grrr !) réalisateur québequois Xavier Dolan, se pose en chef de file d’une nouvelle cinématographie émergeante. Terriblement actuel. » (v. chronique #3)

4. ANOTHER YEAR de Mike Leigh – SO/CO
Sortie France indéterminée

« Un peu plus bavard que Kim Ki-Duk, Mike Leigh nous fait le coup du film en quatre saisons pour dépeindre les rires et les larmes d’une bande quinquagénaires britanniques en quête de bonheur existentiel.
Assurément LE film automnal des lectrices de Télérama. Succès garanti » (v. chronique #3)

3. LE QUATTRO VOLTE de Michelangelo Frammartino – QR
Sortie France indéterminée

« Je ne pensais pas être autant passionné par une histoire sans paroles d’un berger italien avec ses boucs. La tranche de vie d’un village transalpin perché sur sa montagne. Entre Antonioni et Tati (sisi !). HYP-NO-TIQUE » (v. chronique #3)

2. DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois – SO/CO
Sortie France 8 septembre 2010

« Même après plus de dix jours, l’émotion à la sortie de la projection est toujours prégnante. Le film de Xavier Beauvois fait partie de ces films qui laissent une salle sans voix, ébahis que nous sommes face à cette histoire.
J’avais écrit dans ma chronique cannoise #6l’Humanité a un nom, Tiberine”, on peut également se dire que le cinéma – en tant qu’art – a une raison d’être: Des Hommes et des Dieux. La dignité comme philosophie. Eblouissant »

1. LUNG BOONMEE RALUEK CHAT (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul – SO/CO
Sortie France 1er septembre 2010

« Tout a été dit ici ou là sur l’Oncle Boonmee… Ne reste plus pour vous qu’à vous faire votre propre opinion, à vivre votre propre expérience face à cette oeuvre.
Vous savez ce que j’en pense. LE film parmi les films. La Palme des Palmes. Le 7è art à son sommet. Merci Api !  » (v. chronique #5)

Reprise des sections parallèles à Paris et… Marseille

Posted on 26 mai 2010

Au lendemain de la frénésie cannoise, les articles de presse se multiplient pour claironner haut et fort que les sections parallèles sont reprises ces jours-ci dans les salles parisiennes.

On apprend donc que Le Reflet Medicis (Rue Champollion, 5è) offre la possibilité de découvrir une grande partie des longs métrages de la sélection Un Certain Regard, dans lequel programme on ne saurait trop vous conseiller de courir voir les films de Radu Muntean Mardi, Après Noël (chronique #1), Xavier Dolan Les Amours Imaginaires (chronique #3), de Daniel & Diego Vega Octubre (chronique #4), et le prix Un Certain Regard HaHaHa de Hong Sangsoo (chronique #6).

La Quinzaine des Réalisateurs n’est pas en reste puisque l’intégralité de la sélection est reprise au Forum des Images du 26 mai au 6 juin.

Avec une couverture médiatique beaucoup plus modeste, dirons-nous, en Province aussi des projections de films vus à Cannes sont organisées. C’est ainsi que le cinéma de quartier marseillais l’Alhambra – qui participe également chaque mois de janvier au Festival Télérama – reprend partiellement la 42è édition de la Quinzaine dès cette semaine (une opération réalisée depuis maintenant plusieurs années, à la fin du mois juin habituellement):
10 films au programme du 25 au 30 mai avec notamment les films de Diego Lerman La Mirada Invisible (chronique #2), le documentaire de Florent de La Tullaye & Renaud Barret Benda Bilili (chronique #1), ou encore le magnifique Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino (chronique #3). Pour ce qui est du planning exhaustif, ne cherchez pas sur le site internet de l’Alhambra il n’y est point, faute de temps et de moyens j’imagine – quel dommage de ne pas pouvoir promouvoir davantage un tel événement à Marseille – vous l’aurez en cliquant sur l’affiche ci-dessous.

Quinzaine_Alhambra

Face à la Une honteuse du Parisien, une réponse en forme d’Ode à Boonmee

Posted on 25 mai 2010

shame
C’est quoi ce journal ?

Le journal Le Parisien, en date du mardi 25 mai, n’a rien trouvé de mieux que de faire sa Une sur Uncle Boonmee… de Apichatpong Weerasethakul en titrant de manière totalement populiste « C’est quoi cette Palme d’or ? ».

Il est vrai qu’en ces temps de faible actualité nationale et internationale, il semblait opportun de consacrer une aussi grande place à un tel débat artistique, pas démagogique pour un sou. Le Journal n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’on se souvient comment il avait accueilli, en 2004, le jour de sa sortie française le – certes oubliable – film d’Alain Chabat RRRrrrr ! avec ces trois lettres en Une « NUL ! ».

En forme de résistance face à cette provocation opportuniste, deux vidéos

Un premier trailer de la Palme d’or 2010 de Apichatpong Weerasethakul Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures)

Le clip surréaliste du tube thaïlandais que tous les festivaliers fredonnaient à la fin de la projection cannoise

Cannes 2010 last episode

Posted on 24 mai 2010

Samedi 22, Dimanche 23 mai,

31 films en 10 jours de folie cannoise, c’est pour ça que l’on va a Cannes, toutes les sections, tous les horizons, en un minimum de temps jusqu’à overdose, mais pour des cine-addicts ça en devient un besoin quasi-vital. Frénesiiiiiie.

Pour la qualité, il sera temps d’y revenir avec du recul – le temps fera son effet – pour ce qui est de ces deux derniers jours, quatre nouveaux films en compétition et un dernier du côté Un Certain Regard – qui aurait d’ailleurs pu/dû très naturellement se retrouver en sélection officielle.

Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois.
La mort des cygnes. Tibérine, Algérie, 1996. Le sujet est archi-connu. Il a bouleversé l’opinion. Bien des craintes animaient les esprits quand on a appris que Xavier Beauvois, réalisateur catégorisé comme très urbain, s’était vu confier la narration de ce massacre atroce de moines français dans une Algérie en proie à la terreur terroriste.
Beauvois, à notre grande surprise, réussit le pari de complètement s’effacer derrière cette histoire d’hommes extra-ordinaires (si ce superlatif a encore un sens à force d’avoir été galvaudé), d’êtres entre ciel et terre. Chaque festivalier ne pouvait s’empêcher de se demander après la projection, « qu’aurais-je fait à leur place ? »Michael Lonsdale et
Lambert Wilson sont les têtes d’affiche d’une brochette d’acteurs sublimes.
Une émotion crescendo qui ne cesse de croître tout au long du film. Une marche vers l’horreur qui atteint son paroxysme avec l’arrivée de
Tchaikovsky, une mort du cygne qui aura rarement été utilisée au cinéma à aussi bon escient.
Un moment d’une rare intensité, l’Humanité a un nom, Tiberine.

 

Biutiful de Alejandro González Iñárritu.
C’est le film d’un acteur. Grand, puissant, omniprésent – Javier Bardem est de tous les plans. Il excelle dans ce rôle de vieille frappe barcelonaise nuque longue, dans une capitale catalane qui n’aura jamais été filmée aussi glauque et paupérisée – exit le Barcelone de carte postale.
L’espagnol voulait à tout prix jouer sous la direction d’Alejandro González Iñárritu; le mexicain ne s’est pas laissé prié et a confectionné du sur-mesure pour l’un des meilleurs acteurs de sa génération.
Biutiful va diviser: plaire à un très grand nombre – émotion garantie, performance d’acteur hallucinante, une mise en scène brillante – et en contrepied le film souffre des défauts de ses qualités et va exaspérer certains – des situations tire-larmes, une configuration de rôle à Oscar presque trop évidente, Iñárritu pourra être taxé de n’être qu’un excellent faiseur – certains critiques allaient même jusqu’à ironiser sur sa réalisation du  dernier spot Nike pour la prochaine Coupe du Monde de Foot en Afrique du Sud « son meilleur film depuis Amours Chiennes » pouvait-on entendre ici ou là, nous n’utiliserons pas de termes aussi durs bien que le réalisateur mexicain ne nous épargne aucune grosse ficelle de scénario.
Pour finir, dans un film à l’ambition beaucoup plus minimaliste que Babel, Iñárritu atteint son but dès qu’il ne s’encombre pas d’emphase, à l’image de toutes les scènes dans l’intime de la famille, poignantes et saisissantes. A voir, mouchoirs à l’appui, pour Javier, au sommet.

En Bref

Révélation à la sauce ukrainienne.
Rares sont les premiers films sélectionnés en Compétition Officielle; on se souvient de la qualité Red Road d’Andrea Arnold. Alors, quand Thierry Frémaux a annoncé sa sélection 2010, notre curiosité s’est tout de suite emballée quand on a su que l’Ukraine serait pour la première fois représentée par Sergei Loznitsa avec Schastye Moe (Mon Bonheur). Un premier film d’une maîtrise folle dans une atmosphère à fleur de peau, entre rires et larmes, entre embrassades et meurtres, de l’été à l’hiver, chaque scène, chaque personnage est ambigü et imprévisible. On se délecte de ce cinéma où chaque cadre est contrôlé et la photo soignée.
Une cinématographie est née, cap à l’est.

Bourbier russe.
Après la souffrante projection du deuxième volet de la saga russe de Nikita Mikhalkov Soleil Trompeur 2 – L’Exode (dont ce n’était que la première partie, vous me suivez toujours ?), on ne pourra que conseiller au vieux réalisateur russe d’aller faire un tour du côté de son cousin frontalier Loznitsa. Lourdeur, sucré jusqu’à l’indigestion, 2h30 de fresque à n’en plus finir – entre symbolique historique grotesque et fulgurances tout de même – au coeur de la lutte germano-soviétique pendant la seconde guerre mondiale.

Une cerise coréenne sur un gâteau tout gris.
Paradoxe de ce Festival, plombé par un contexte économique lourd – tant au niveau de la crise mondiale (à l’origine de la diminution de la production cinématographique en 2010) que sur l’inquiétude palpable des exploitants face à l’arrivée du tout-numérique – le dernier film chroniqué par WasK – version Cannes 2010 - sera une comédie romantique légère et délicieuse comme sait si bien les faire le coréen Hong Sangsoo, Ha Ha Ha. Autant ses derniers films cannoisLa Femme est l’avenir de l’homme (2004) et Conte de Cinéma (2005) nous avaient laissé sur notre faim – toujours nostalgique que nous étions de sa prime trilogie, Hong Sangsoo n’a jamais été aussi drôle en parlant d’amour simplement et s’entoure d’un casting quatre étoiles avec notamment Yoon Yuh-Jung (la vieille gouvernante délicieusement sadique de The Housemaid) parfaite en mère matrone restauratrice.

Tout est bien qui…


Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois – SO/CO   1
Biutiful de Alejandro González Iñárritu - SO/CO   3
Schastye Moe
(Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa – SO/CO 3
Utomluonnye Solntsem 2 (Soleil Trompeur 2) de Nikita Mikhalkov – SO/CO 3
Ha Ha Ha de Hong Sangsoo – UCR   2

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Cannes, le Palmarès 2010 « Ave Api ! »

Posted on 23 mai 2010

apichatpong_weerasethakul

Après NOTRE palmarès, le jury cannois a lui-aussi rendu SON verdict – et force est de constater que les délibérations officielles ont débouché sur un résultat très proche. Tant mieux.

A faible sélection, grand palmarès, comme souvent. Il était vital, pour ce triste Festival que soient honorés les quelques méritants de la sélection. Gilles Jacob et Thierry Frémaux peuvent être soulagés, Tim Burton et ses acolytes ont réussi à sauver une des sélections les plus ternes que l’on ait eu l’occasion de voir depuis des années.

Avec un palmarès audacieux et n’oubliant personne, le Festival de Cannes sort grandi de cette 63è édition annoncée très tôt comme « très compliquée » par le délégué général lui-même. Ironie du sort, c’est dans cet environnement grisâtre que le nouveau maître Apichatpong Weerasethakul a été couronné, pour notre plus grand plaisir, avec l’un des films les plus surprenants de ces dernières années. Si l’on était sournois, mais ce n’est pas notre style, on pourrait soupçonner M. Frémaux d’avoir délibérément laissé de côté certains pour laisser un boulevard au génial thaïlandais.

Cannes est décidément à part; il demeure la seule grande place forte du cinéma d’auteur mondial. LE rendez-vous incontournable. Et même si Venise et Toronto se placent tels des vautours à l’affût pour récupérer dans leurs filets les grands absents cannois – Terrence Malick, Darren Aronofsky en tête de gondole – on voit mal comment l’on pourrait retrouver ailleurs que sur la Croisette, une telle audace dans un Palmarès.

Cannes 2010 est mort, vive Cannes 2011 !

Ave Api !

Palmarès 2010

PALME D’OR
Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul

GRAND PRIX
Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois

PRIX DE LA MISE EN SCENE
Mathieu Amalric Tournée

PRIX DU SCENARIO
Lee Chang-Dong
Poetry

PRIX D’INTERPRETATION FEMININE
Juliette Binoche Copie Conforme
(A. Kiarostami)

PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE ex-aequo
Javier Bardem Biutiful
(A.G. Inarritu)
Elio Germano La Nostra Vita (D. Luchetti) 

PRIX DU JURY
L’Homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun

CAMERA D’OR
Anos Bisiesto
de Michael Rowe


Cannes 2010, mon Palmarès

Posted on 23 mai 2010

rumeur

Avant d’y revenir plus sérieusement avec les dernières chroniques, juste le temps de dévoiler mon palmarès de Cannes 2010, à quelques minutes de l’annonce officielle…

PALME D’OR
Lung Boonme Raluek Chat (Oncle Boonmee, celui qui se souvenait de ses vies antérieures) de Apichatpong Weerasethakul

GRAND PRIX
Des Hommes et des Dieux
de Xavier Beauvois

PRIX DE LA MISE EN SCENE
Biutiful
de Alejandro Gonzalez Inarritu

PRIX DU SCENARIO
Another Year
(M. Leigh)

PRIX D’INTERPRETATION FEMININE
L’ensemble des comédiennes
Tournée
(M. Amalric)

PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE
Javier Bardem – Biutiful
(A.G. Inarritu)

PRIX DU JURY
Schastye Moe (Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa

CAMERA D’OR
Schastye Moe
(Mon Bonheur) de Sergei Loznitsa

Mention Speciale – CAMERA D’OR
Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert