Posts Tagged: cannes


25
mai 12

CANNES 2012: Reprise de la Compétition ce dimanche

Comme à son habitude, le Festival de Cannes propose ce dimanche 27 mai dans 4 salles de la Sélection Officielle – salle Debussy, salle du Soixantième, salle Bazin et salle Buñuel – la reprise de l’ensemble des 22 films en Compétition en lice cette année. L’occasion pour les festivaliers de compléter ou revoir ses projections à quelques heures du Palmarès.

Retrouvez le programme complet des projections ici

Lundi soir, au lendemain du Palmarès, la Ville de Cannes proposera la projection du film récompensé par la Palme d’Or dans le Grand Théâtre Lumière.

Thomas Gastaldi

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25
mai 12

À PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse

CANNES 2012
Un Certain Regard

DÉTRESSE EN PLAT PAYS

Mounir a émigré en Belgique depuis son Maroc natal, recueilli très jeune par le généreux et bienveillant Docteur Pinget. Devenu adulte, il tombe amoureux de Murielle et décide de s’installer et de fonder une famille.

À perdre la raison devait s’appelait encore Aimer à perdre la raison – reprise de la célèbre chanson de Jean Ferrat – quelques jours avant la Conférence de Presse de sélection cannoise du 19 avril dernier. Entre-temps, le film a donc perdu le verbe “aimer”. L’anecdote n’est sans doute pas anodine.

Une chose est sûre, le nouveau film du jeune belge Joachim Lafosse ne saurait être vraiment apprécié qu’en omettant de vouloir trop en savoir avant de le voir. Toute la force, la montée en puissance, et le mystère d’À perdre la raison revêt un sens si et seulement si l’essentiel de l’intrigue n’est pas dévoilée en amont. Ce que je ne ferai pas ici bien entendu.

Car trois ans après Un Prophète, le film permet aussi de retrouver l’affrontement entre Niels Arestrup et Tahar Rahim qui nous avait tant réjoui. Le trio infernal Arestrup, Rahim, Dequenne, l’originalité du propos, et la douceur du style grâce auquel Lafosse laisse prospérer toute l’inquiétude comme une flaque de pétrole déversée dans l’Océan. Mis à part un script ciselé et construit parfaitement, les trois performances d’acteurs sonnent d’une justesse soufflante. Arestrup en tête, plus que jamais l’un des meilleurs acteurs en exercice.

À perdre la raison bénéficiera à coup sûr d’un bouche-à-oreille énorme à sa sortie, le genre de film qu’on aime se refiler les uns aux autres, le coup de coeur des profs lectrices de Télérama avides de cinéma les dimanches après-midi pluvieux… Il n’y pas de mal, surtout quand il s’agit de coup de maître tel que celui-là.

Thomas Gastaldi

À PERDRE LA RAISON (1h48) de Joachim Lafosse. Bel
Sortie France. 5 septembre 2012
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25
mai 12

THE PAPERBOY de Lee Daniels

CANNES 2012
Compétition

WELCOME TO NANARLAND

Floride. Fin des années 1960. Plus précisément été 1969. Ward Jansen, reporter au Miami Times, revient sur ses terres natales mener une enquête sur la personnalité troublée de Hillary Van Wetter, chasseur d’alligators, qui risque la chaise électrique pour avoir fomenté l’assassinat sur le shérif local.
Avec son partenaire Yardley, Yard y retrouvera son jeune frère Jack, paperboy de son état. Les trois compères croiseront l’énigmatique Charlotte, cette même Charlotte entrenant une correspondance épistolaire avec ce détenu.

À peine deux ans après Precious, succès notoire de l’année 2010, au parcours quasi sans faute – Sundance, Cannes, Oscars – Lee Daniels revient sur la Croisette avec un projet dont l’ampleur n’est plus du tout la même. Avec Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron, John Cusack et la chanteuse Macy Gray à l’affiche, Daniels plonge dans un film de genre, un erotico-polar tendance nanar, un archétype assumé du film d’enquête très humide, et pas seulement à cause des canaux marécageux de Floride.
Lee Daniels n’élude aucun travers et s’octroye toutes les digressions possibles; en promettant à Nicole Kidman un rôle à sa démesure, le réalisateur américain nous permet de retrouver la reine australienne des années 2000 – pour la première fois peut-être – dans un rôle à la hauteur son âge et de ses transformations. Charlotte est nymphomane, Charlotte est blonde platine tendance niçoise, Charlotte est maquillée comme un camion de livraison volé, Charlotte fait pipi sur Zac Efron, Charlotte simule des fellations, Charlotte se fait prendre par derrière sur une machine à laver. Charlotte ôse tout. Nicole Kidman suit le mouvement pour notre plus grand plaisir.

Lee Daniels l’avoue bien volontiers en interview “J’ai fait Paperboy parce que je suis un cinéaste black et gay”. Les références du film sont légions, mais quand le mot référence se rapproche davantage de la copie grossière, il y a comme un problème. On pense à Clint Eastwood dans Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal, on pense à Robert Altman dans Cookie’s Fortune, mais on pense surtout à Sexcrimes et c’est peut-être là le souci. The Paperboy se laisse voir comme un nanar lourd mais attachant, boursoufflé à outrance avec les curiosités d’usage comme la star teenager Zac Efron au début de sa phase de rédemption post High School Musical. Après une golden shower par maîtresse Kidman herself, le chemin semble tout trouvé. The Paperboy, j’en fais le pari ici, saura séduire un public assez large à sa sortie.

Thomas Gastaldi

THE PAPERBOY (1h48) de Lee Daniels. US
Sortie France. 14 novembre 2012
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24
mai 12

KILLING THEM SOFTLY de Andrew Dominik

CANNES 2012
Compétition

BORING THEM SOFTLY

Un braquage lors d’une partie de poker illégale crée un enchaînement de règlements de comptes au coeur desquels le placide Jackie Cogan va être mandaté par les caïds de la mafia pour tirer au clair les tenants et les aboutissants.

Le souvenir encore prégnant de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford laissait présager le meilleur pour le nouveau film d’Andrew Dominik, Killing Them Softly, nouveau titre américain à entrer dans la Compétition cannoise. Une histoire de petites frappes, de malfrats, de règlements de compte sur fond d’Amérique pré-Obama – l’intrigue se déroule pendant toute la campagne des dernière élections présidentielles américaines fin 2008, elle se termine d’ailleurs le jour du vote le 4 novembre 2008 – Brad Pitt et James Gandolfini au casting. Bref, on piaffait. Et puis pschitt.

On ne peut pas dire que Killing Them Softly soulève avec lui l’originalité de la forme et du scénario. On connaît quelques maîtres en la matière, et non des moindres. Andrew Dominik nous propose un sous-Scorcese, un sous-Coen, un film qui ne parvient pas et ce, malgré le fond politique un tant soit peu nouveau, à susciter l’enthousiasme, quelques rares scènes provoquent l’émoi, la composition de Brad Pitt en Jackie Cogan tueur à gages moderne sans foi ni loi, est classiquement réussie, mais voilà on attend autre chose de ce type de cinéma. Dominik réussit même l’exploit de rendre James Gandolfini ridicule – une prestation qui fera sans nul doute défaillir tous les fans des Sopranos – et ne parlons pas de Ray Liotta, la caution filmo-mafio-gangstérienne, qui semble être à jamais perdu pour le 7è art, comme si le chirurgien esthétique lui avait retiré son talent en plus de ses liftings.

Mais c’est surtout le propos du film qui est simpliste et discutable. Cette peinture de l’Amérique de la fin des années Bush fils, une Amérique qui aurait en quelque sorte recouvré les mêmes caractères et souffrances du (bon) vieux temps Far West, où la loi du plus fort, du mieux armé et du chacun pour soi tient lieu de règle. Ok, mais bon, on ne va pas très loin dans l’analyse. Une vraie déception à la hauteur des attentes.

Thomas Gastaldi

KILLING THEM SOFTLY (1h44) de Andrew Dominik. US
Sortie France. 17 octobre 2012
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24
mai 12

CANNES 2012: à la recherche du Kavinsky 2012

En 2011, chaque festivalier s’était rué sur leurs smartphones à la sortie de la projection de Drive, pour être les premiers à découvrir quelles étaient les musiques entendues dans le film.
C’était le début du phénomène Kavinsky et son Nightcall entêtant.

En 2012, on a pu retrouver peu ou proue les mêmes réactions qu’à la sortie du film de Nicolas Winding Refn, sur les marches de la salle Debussy après la projection du nouveau film de Xavier Dolan, Laurence Anyways. Le jeune réalisateur canadien a même aussitôt dévoilé la tracklist complète du film sur le site officiel. Une bande-son très 80′s où l’on découvre ce qui pourrait devenir le Kavinsky 2012, Moderat avec “A New Error”.

De nombreuses listes de cette BOF ont aussitôt pullulé sur spotify avec Duran Duran, Depeche Mode, The Cure, Kim Carnes et son mythique “Bette Davis Eyes”, et j’en pense. Révisez vos classiques, vous en serez (re)fous dès le mois de juillet à la sortie de Laurence Anyways en France.

Le duo le plus inattendu du Festival: Gérard Manset & Katy Perry.

Le 65è Festival de Cannes s’est donné deux hymne auto-proclamés: le surprenant “Firework” de Katy Perry, le tube interplanétaire était au début de ce Festival omniprésent dans les films et notamment dans De Rouille et d’Os de Jacques Audiard.
Et depuis 2 jours et le bruissement positif autour de Holy Motors de Leos Carax – dont nous reparlerons tantôt – cette onde de choc se propage au doux son du mystérieux Gérard Manset et son “Revivre”. Let the music play !

Thomas Gastaldi

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23
mai 12

CANNES 2012: du côté des sélections parallèles – 1ère partie

Malgré tous les projecteurs allumés et fixés sur les 2 ou 3 films mis en vedette chaque jour sur les célibrissimes marches rouges, Cannes c’est plus de 100 films en 10 jours, si l’on accumule l’ensemble des sélections, Sélection Officielle, Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique et ACID.

Revenons sur trois de ces films ici: Broken de Rufus Norris avec Tim Roth qui fit l’ouverture de la Semaine de la Critique et deux films dans Un Certain Regard, Mystery du chinois Lou Ye et le film kazakh Student de Darezhan Omirbayev.


BROKEN (1h30) de Rufus Norris. GB
Sortie France. Indéterminée

CANNES 2012
Semaine de la Critique – Ouverture

La jeune Skunk se retrouve aux prises avec une réalité glaçante après avoir été témoin fortuite d’une agression des plus brutales juste en face de chez elles. Plus ou moins proches de tous les protagonistes de cette rixe, l’adolescente va devoir surmonter les conséquences résultant de ce différent.

La Semaine de la Critique avait secoué toute la Croisette l’an dernier dès l’ouverture avec la projection de La Guerre est Déclarée de Valérie Donzelli. Cette année, le nouveau Délégué Général Charles Tesson et son équipe de sélectionneurs ont porté leur dévolu sur Broken du britannique Rufus Norris, un drame social avec Tim Roth (pour l’anecdote président du Jury Un Certain Regard cette année) et Cyllian Murphy notamment.

Pour sa première sélection, Charles Tesson a semble-t-il voulu jouer la sécurité avec Broken: malgré un casting ambitieux et un scénario intéressant, le film de Rufus Norris pâtit d’une mise en scène sans relief et bourrée de références grossières. Tous les acteurs sont justes à commencer par Eloise Laurence, la petite Skunk, sur les frêles épaules desquelles repose l’essentiel de la crédibilité du film. Et pour le coup c’est réussi.

MYSTERY (1h40) de Lou Ye. Chi
Sortie France. Indéterminée

CANNES 2012
Un Certain Regard – Ouverture

LA DOUBLE VIE DE YONGHAO

L’histoire d’une mystérieuse accidentée mortellement et d’un triangle amoureux vont se percuter de plein fouet aux travers d’une intrigue haletante et enlevée.

Le réalisateur chinois Lou Ye est l’un des favoris de la Croisette. Depuis les déboires qu’il a pu rencontrer dans son pays suite à la projection à Cannes de Nuit d’ivresse printanière en 2009, Lou Ye a trouvé refuge ailleurs. Pour ce retour dans son pays, son cinéma semble s’être considérablement occidentalisé. Tous les ressorts de ce ménage à trois en formation de danse macabre, pourraient être totalement transposés dans un autre pays. Là n’est pas l’essentiel, le scénario est bien mené, les rebondissements nombreux et l’ennui du spectateur inexistant. On n’en demandait pas tant à ce Mystery.

STUDENT (1h30) de Darezhan Omirbayev. Kaz
Sortie France. Indéterminée

CANNES 2012
Un Certain Regard

Cette adaptation de “Crimes et châtiments”, le chef d’oeuvre de Dostoïevski, avait tout pour rebuté le festivalier. Ajoutez à cela une production kazakh très peu reconnue pour son goût des effets de manches spectaculaires, la fuite des courageux cinéphiles était proche…

Et autant le dire tout de suite, que les adeptes de Fast and Furious passent leur chemin, Student ressemble dans son traitement à une sorte de Kaurismaki sous Tranxene. Malgré les peu de moyens flagrants à l’écran, le réalisateur kazakh Omirbayev réussit le tour de force de maintenir éveiller le spectateur, sans qu’il ne se passe grand grand chose, ce peu de chose est bien fait, un cinéma besogneux et courageux.

Thomas Gastaldi

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23
mai 12

LA CHASSE de Thomas Vinterberg

CANNES 2012
Compétition

MADS LA MENACE FANTÔME

Fraîchement divorce et séparé de son fils Marcus, Lucas retrouve petit à petit un nouvel équilibre, bien que précaire, dans une (re)socialibilisation progressive. Assistant maternel dans une école de la petite enfance où il cotoye les enfants de ses amis proches, il se noue d’affection pour une collègue immigrée. Un mensonge, puis une calomnie populaire, vont venir emporter cette petite vie anodine et simple.

Déjà 3 jours que le film a été projeté sur la Croisette et le soufflé ne semble pas retombé: La Chasse, le nouveau film de Thomas Vinterberg, qui signe ici son retour à Cannes quelques 14 années après l’ouragan Festen, est sans doute le film depuis le début du Festival qui a suscité le plus de réaction épidermiques. “Dégueulasse”, “Abject” faisaient partie des qualificatifs que l’on pouvait entendre aux abords du Palais dimanche dernier.

Il est vrai que La Chasse fait partie des films qui poursuit le spectateur longtemps après la première vision. Cette descente aux enfers magnifiquement incarnée par Mads Mikkelsen ne peut pas laisser indifférent. Les reproches qu’une certaine presse a pu lui reconnaître – simplicité du propos, invraisemblance des situations, discours putassier – sont autant de regards qui peuvent être vu à l’envers. La Chasse est d’abord et avant tout un film fort, intense, sur le fil, où l’on s’attend à tout, justement, et où rien ne peut être anticipé à l’avance.

La froideur du Danemark, l’inébranlabilité apparente des personnages, et le contraste saisissant de cette spirale vers l’enfer avec la période de Noël vivement fêté dans ce pays du Grand Nord, accentue une atmosphère lourde et rigide comme de la glace. Mikkelsen achève ce sentiment d’effroi en livrant une prestation tout en retenue, malgré un personnage complètement casse-gueule au départ. Un candidat au Prix d’Interprétation. Le problème est qu’il commence à être nombreux ces candidats.

Il est fort à parier que La Chasse saura se remettre de cette tourmente cannoise, et touchera à coup sûr le grand public lors de sa sortie à l’Automne, bien loin de ces querelles de comptoir.

Thomas Gastaldi

LA CHASSE (1h51) de Thomas Vinterberg. Dan
Sortie France. Automne 2012
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22
mai 12

Cannes 2012: un Palmarès à mi-parcours

Après déjà pas mal d’heures de bobines, quelques larmes, peu de rires, et beaucoup (trop) de pluie cette première partie du 65è Festival de Cannes laisse présager les craintes que l’on pouvait avoir sur la ligne de départ. Les théories astrologico-cinéphiliques qui font état, concernant Cannes, d’une succession assez systématique d’année pleine puis d’année creuse se confirment jour après jour un peu plus.

Après le cru exceptionnel en 2011, 2012 souffre très clairement de la comparaison et cela, malgré quelques vibrations positives ça et là, plutôt à Un Certain Regard d’ailleurs, mais nous y reviendrons.
Nous nous attacherons uniquement ici à l’exercice tout à fait subjectif, injuste et inutile du Palmarès à mi-parcours (et donc ne sont concernés que les films figurant dans la Compétition); et nous sommes pas loin de penser qu’il s’agit bien du Palmarès que Nanni Moretti pourrait (ou pas) avoir dans sa petite tête de président. Il nous l’a confirmé personnellement, à moins que ce ne soit Nanni Trompetti, le pizzaiolo de la rue d’Antibes… Wait and see.

Thomas Gastaldi

(NB: Mon intégrité éditoriale m’incite à me fixer certaines règles: un seul prix par film, et je préfère conserver des prix vierges de lauréats plutôt que décoré d’imposteurs…).

PALME D’OR
AMOUR de Michael Haneke

GRAND PRIX
AU-DELÀ DES COLLINES de Cristian Mungiu

PRIX DE LA MISE EN SCENE
PARADISE: AMOUR de Ulrich Seidl

PRIX DU SCENARIO
NN

PRIX D’INTERPRÉTATION FEMININE
NN

PRIX D’INTERPRÉTATION MASCULINE
MADS MIKKELSEN (La Chasse)

PRIX DU JURY
MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson

PRIX DE LA CAMERA D’OR
BEASTS OF THE SOUTHERN WILD de Benh Zeitlin

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22
mai 12

AMOUR de Michael Haneke

CANNES 2012
Compétition

VOYAGE AU BOUT DE LA VIE

Paris, de nos jours, Anne et Georges mènent une vie d’octogénaires amoureux mêlant concerts, musique et lectures. Habitués des salles de concerts et rompus à l’exercice d’une vie commune de plusieurs décennies, les deux aimants vont devoir faire face subitement au déclin physique d’Anne, la dernière épreuve de leur vie.

Michael Haneke fait partie des habitués cannois, comme on dit vulgairement. Palmé d’or en 2009 avec Le Ruban Blanc, et présent en sélection officielle avec la plupart de ses films, le réalisateur autrichien revient cette année avec Amour et profite de l’occasion pour mettre à l’écran le plus glamour et cinéphile des couples d’acteurs, les légendaires et rares Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva (ironie de l’histoire, l’actrice révélée au grand public pour sa prestation dans Hiroshima mon amour, croisera dans la Compétition son ancien compère Alain Resnais)

Amour est un choc. Une chronique humaine bouleversante qui a fait littéralement chavirer la Croisette, même si le terme marin n’est pas forcément bien approprié tant la météo ces derniers jours laissait croire que le Festival de Deauville avait commencé avec 3 mois d’avance.

L’émotion du crépuscule d’une vie raconté en quelques 2 heures par un Michael Haneke apaisé et délicat; difficile de ne pas tomber en admiration par tant d’élégance cinématographique.

Trintignant et Riva subjuguent le spectateur et dégagent une émotion simple, celle d’un amour au bout de tout, au bout d’une vie respirée à deux, “pour le meilleur et pour le pire” comme dirait l’autre, une assistance dans la souffrance et le don de soi.
Tout laisse à penser que Michael Haneke s’est projeté physiquement et spirituellement dans cette déchéance humaine. Tous les indices nous portent à le croire: une admiration intacte pour le piano et ses interprètes- Haneke allant même jusqu’à confier au pianiste Alexandre Tharaud un rôle important (son propre rôle pour être vraiment précis) – une certaine fascination de la mort et de sa propre mise en scène.

A mi-parcours du 65è Festival de Cannes, Amour de Michael Haneke surclasse de loin la Compétition. Magistral et entêtant, une Palme d’Or en puissance à n’en pas douter.

Thomas Gastaldi

AMOUR (2h06) de Michael Haneke. Aut
Sortie France. 24 octobre 2012
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19
mai 12

LAWLESS de John Hillcoat

CANNES 2012
Compétition

LES TROIS FRÈRES

Dans les années 1930, Jack, Howard et Forrest Bondurant sont trois frères célèbres dans leur comté de Franklin en Virginie pour la production d’alcool de contrebande dans cette Amérique de la prohibition. Prise en étau entre une police corrompue tenue par le terrifiant Rakes et des luttes de suprématie entre gangsters, la famille Bondurant tient la tête haute bien décidée à faire face seule contre tous.

Premier film américain de la Compétition – même si le réalisateur John Hillcoat est australien – Lawless tranche avec tout ce que l’on a pu voir depuis le début du Festival. Western classique sur la forme, film en costumes, aux codes bien respectés, Lawless a tout de du film attendu et sans surprise, et les attraits d’une sélection opportunément de casting de marches, comme on dit pudiquement.

Mais ne nous méprenons pas, Lawless est une très bonne surprise. Le film de John Hillcoat va subir les foudres des festivaliers, c’est sûr et couru d’avance. L’académisme apparent et assumé vont faire de Lawless une facile cible des traditionnels “Mais qu’est-ce que cela fout donc bien en compétition ?” ou encore “Deauville a 3 mois d’avance cette année ?”. Vous l’avez compris, nous n’en ferons pas partie. Pourquoi bouder son plaisir devant un film, même s’il vrai, que la place de Lawless dans la Compétition laisse quelque peu perplexe.

L’histoire concoctée par le rocker légendaire Nick Cave (!) est servie par une brochettes d’acteurs couillus comme jamais (et vous comprendrez que le terme n’est pas galvaudé du tout quand vous aurez vu le film…). A commencer par l’aîné des Bondurant, Forrest, incarné par l’immense Tom Hardy. Le futur Batman est énorme de présence, allant même jusqu’à croquer sa voix d’outre-tombe au non moins légendaire Sam Elliott (il est digne de la comparaison) !!! S’il y a une raison d’aller voir le film, Tom Hardy se suffit à lui-même.
Mais là où le film de John Hillcoat est fort c’est qu’il parvient à rendre Shia Labeouf crédible et bon (“enfin” serait-on tenté de dire).

Les seins de Jessica Chastain

Elle était sortie reine auto-proclamée du Festival de Cannes 2011, figure des 2 films les plus importants de la sélection l’an dernier Take Shelter et la Palme The Tree of Life, Jessica Chastain, la divine rousse, pâlit du sort réservé aux seconds couteaux de la distribution. Malgré un cultissime plan oops sur la poitrine de l’actrice, elle rejoint aux déceptions les Gary Oldman et autre Guy Pearce complètement monocorde dans l’outrance de sa prestation de grand méchant loup Rakes, le flic sans foi ni loi.

Si certaines scènes du film n’étaient pas un peu trop (sur)dosé d’hémoglobine, Lawless était voué d’emblée à devenir très vite la séance idéale d’un dimanche soir pluvieux et hivernal, au coin du feu, blottis l’un contre l’autre… Classé au rayon frissons, émois, amour, et famille déchirée, tous les ingrédients sont là pour “un bon ciné-dimanche des campagnes” sponsorisé par Whirlpool. Bref, au final, on se dit aussi que Lawless s’est un peu perdu en chemin en atterrissant dans la Compétition Officielle. Au final.

Thomas Gastaldi

LAWLESS (1h55) de John Hillcoat. Aus
Sortie France. 12 septembre 2012
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