Ils sont 20, 20 films qui concourront en mai prochain pour la Palme d’Or. 20 films en Compétition pour un total de 37 heures et 22 minutes de projection pour le jury de Steven Spielberg et les plus courageux des festivaliers. Retour en détail sur ces 20 longs métrages.
UN CHATEAU EN ITALIE de Valeria Bruni-Tedeschi (1h44)
Au coeur d’une famille italienne de la bourgeoisie industielle – qui n’est pas sans rappeler la sienne – les liens se disloquent, un monde s’efface, un amour commence. Valeria Bruni-Tedeschi, pour sa 3è réalisation (Il est plus facile pour un chameau…, Actrices), s’est adjoint les services de Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy pour co-écrire avec elle le scénario. Au casting la réalisatrice (encore), Louis Garrel, Xavier Beauvois, le trop rare André Wilms et la mère de Bruni-Tedeschi, Marisa Borini.
INSIDE LLEWYN DAVIS de Joel & Ethan Coen (1h45)
Dès la publication de son premier teaser, les premières impressions sur le nouveau film des frères Coen Inside Llewyn Davis faisaient état d’un consensus assez unanime: le travail sur la photo de Bruno Delbonnel, le chef op’ de Jean-Pierre Jeunet et du récent Faust d’Alexandre Sokourov, s’annonce impressionnant. Ambiance froide et bleutée pour cette plongée dans le new-york folk & bouillonnant des années 1960. Carey Mulligan, John Goodman et Justin Timberlake entourent le prometteur Oscar Isaac.
MICHAEL KOHLHAAS de Arnaud des Pallières (2h05)
Mads Mikkelsen chez l’orginal et talentueux Arnaud des Pallières (Parc), la rencontre évoquée depuis près de deux ans maintenant a de la gueule. Michael Kohlhaas, d’après l’oeuvre de Heinrich Von Kleist, a pour cadre les Cévennes, au XVIème siècle où un prospère marchand de chevaux mène une vie familiale aisée et heureuse, mais victime d’une injustice, il décide de lever une armée pour rétablir son droit. Un casting européen impressionnant pour épauler la star danoise avec Bruno Ganz, Sergi Lopez, Amira Casar, Denis Lavant et la jeune garde représentée par Paul Bartel et Swann Arlaud pour ne citer qu’eux.
JIMMY P. (PSYCHOTERAPY OF A PLAINS INDIAN) de Arnaud Desplechin (2h)
Arnaud Desplechin (Esther Kahn, Rois et Reine), l’un de nos auteurs les plus intéressants, s’est lancé dans l’adaptation de l’oeuvre de Georges Devereux, pionnier de l’ethnopsychologie “Psychothérapie d’un indien des plaines”, oeuvre qui hante Desplechin “depuis une vingtaine d’années”. Pour cela, il est parti aux Etats-Unis tourner cette rencontre entre Jimmy Picard (le film a longtemps eu pour nom de code Portrait de Jimmy Picard), un indien névrosé, et son psy (Benicio Del Toro face à Mathieu Amalric).
HELI de Amat Escalante (1h45)
Inárritu, Cuaron, Reygadas, Pla… la nouvelle vague mexicaine est visuellement sans doute ce qui est arrivée de mieux au cinéma mondial depuis une quinzaine d’années. Amat Escalante est l’un des derniers fleurons de cette lignée de créateurs bien habitué déjà de la Croisette: doublement sélectionné Un Certain Regard pour Sangre puis Los Bastardos, Escalante présente Heli comme un savant-mélange de ses 2 premiers films, dans une histoire mêlant cartels, police corrompue, trafic de drogues, et exploitation sexuelle. La comédie à la mexicaine quoi…
LE PASSE de Asghar Farhadi (Fra-Iran)
Après le succès mondial d’Une Séparation, l’iranien Asghar Farhadi a tourné à Paris son premier film français. Script top secret signé Fahadi pour un casting mêlant Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Sabrina Ouazani et des acteurs iraniens.
THE IMMIGRANT de James Gray (2h)
Vie et tourments d’une immigrée européenne fraîchement débarquée à Ellis Island dans l’Amérique des années 1920. Marion Cotillard poursuit son parcours américain exceptionnellement gâté: Michael Mann, Chris Nolan, Woody Allen, Steven Soderbergh, et maintenant James Gray à son tableau de chasse des réals US de tout premier plan ! Elle aura dans The ImmigrantJoaquin Phoenix et Jeremie Renner comme partenaires.
GRISGRIS de Mahamat-Saleh Haroun (1h40)
Déjà présent en Compétition en 2010 (prix du Jury) avec Un Homme qui crie, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun représentera une nouvelle fois le trop rare cinéma africain sur la Croisette avec Grisgris, nom de son personnage principal qui se rêve danseur alors même qu’il a une jambe paralysée. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade, et qu’il doit côtoyer le milieu des trafiquants pour le sauver.
TIAN ZHU DING (A TOUCH OF SIN) de Jia Zhang-ke (2h15)
1966 – 1976 “les 10 années de la grande catastrophe”. Jia Zhang-ke, l’un des plus grands cinéastes de notre temps, qui est l’un des représentants de ceux que l’on appelle la “5è génération” nés pendant la “Révolution Culturelle” chinoise, estime que la chine n’a pas fait correctement son devoir de mémoire sur cette période. Dans la ville de Suzhou, au sud de Shanghaï, Jia Zhang-ke veut dépeindre cette lutte des classes par la violence qui sévissait à l’époque entre bandes rivales qui affichaient fièrement leur slogan sur des tatouages, et qui lui rappelle la Chine d’aujourd’hui. Pour raconter cette histoire récente, Jia Zhang-ke a lancé au début de son projet un grand appel sur internet pour recueillir les témoignages les plus nombreux. Le réalisateur chinois aime à présenter son film comme un “road-movie saupoudré de scènes d’arts martiaux”. On veut bien le croire.
ONLY GOD FORGIVES de Nicolas Winding Refn (1h30)
Quand nous étions sortis l’an dernier à Cannes 2012 d’une séance surprise concoctée par Thierry Frémaux avec différents bouts de montage directement envoyés par des réalisateurs en cours de tournage, le plus impressionnant d’entre eux avait sans doute été celui de Only God Forgives, le nouvel épisode des aventures de Ryan Gosling au pays du danois Nicolas Winding Refn. Un épisode thaïlandais cette fois pour le duo de Drive. L’extrait en question était teinté d’hémoglobine et de bastons dans les bas-fonds de Bangkok et annonçait comme une évidence que Only God Forgives promettait d’être aussi violent que Drive. Certaines mauvaises langues racontent que Thierry Frémaux souhaitait projeter Only God Forgives en séance de minuit mais qu’il se serait ravisé par la suite. Quand on entend sa présentation “très prudente” ce matin lors de la conférence de presse, on a tendance à croire cette anecdote.
SOSHITE CHICHI NI NARU (LIKE FATHER, LIKE SON) de Hirokazu Kore-Eda (2h)
Rares sont les déceptions quand on parle des films du japonais Hirokazu Kore-Eda. Très attaché au sujet de la famille, il approfondit ce travail passionnant dans Like Father, Like Son, histoire d’une famille bouleversée quand elle apprend que son fils a été accidentellement échangé à la naissance.
LA VIE D’ADÈLE de Abdellatif Kechiche (3h07)
La réputée glaçante et impénétrable nouvelle icône du cinéma français Léa Seydoux a voulu se confronter au regard intransigeant d’Abdellatif Kechiche (La Faute à voltaire, L’Esquive, Venus Noire). 5è film du réalisateur de La Graine et le Mulet, Le Bleu est une couleur chaude est l’adaptation d’une Bande Dessinée de Julie Maroh, l’histoire d’amour entre deux filles. Prévue au casting de L’Ecume des jours de Michel Gondry, elle avait dû décliner pour pouvoir se mettre à nue devant la caméra de Kechiche. Avec Grand Central de Rebecca Zlotowski (Un Certain Regard 2013) et ce dernier film d’Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux est déjà une des reines de Cannes 2013.
WARA NO TATE (SHIELD OF STRAW) de Takashi Miike (2h05)
Stakhanoviste en chef depuis les années 1990, Takashi Miike habitué à réaliser tout type de format à la chaîne – théâtre, télévision, cinéma – il a puisé dans le V-Cinema (en direction du marché vidéo) ce goût pour l’expérimentation et l’audace. Le Festival de Cannes a déjà honoré Miike en présentant l’an dernier en Séance de Minuit Ai To Makoto, et en faisant même de Ichimei en 2011 le premier film en 3D concourrant en Compétition. Avec Straw Field, Miike semble renouer avec le thriller classique: un serial-killer à gueule d’ange fait l’erreur d’assassiner la petite-fille d’un ponte de la finance. Celui-ci veut se venger en offrant un milliard de yens à qui parviendra à liquider le tueur. Miike devient définitivement un grand habitué du Festival. Le cinéma de genre en Compétition, c’est la Frémaux touch et on apprécie ici. C’est dit.
JEUNE ET JOLIE de François Ozon (1h30)
L’éveil à la sexualité d’une adolescente de 17 ans qui se prostitue pour le plaisir. François Ozon a trouvé sa muse en la personne de la très belle Marine Vacth. A peine sorti de l’aventure Dans la maison, le stakhanoviste français, qui était déjà en cours de montage de Jeune et Jolie pendant la promo de Dans la Maison, range ce dernier film comme il aime à le faire dans ses “films-portraits béhavioristes et flaubertiens, centrés sur les actes des personnages, leur intériorité” comme Sous le Sable ou Le Refuge. Géraldine Pailhas et Frédéric Pierrot complètent la distribution.
ONLY LOVERS LEFT ALIVE de Jim Jarmush (US)
La romance d’un couple de vampires séculaires est troublée par l’irruption dans leur vie de la jeune Ava. Quand la figure de proue du cinéma indépendant Jim Jarmush s’attaque à un film de genre tel que le vampire movie, on se souvient de Ghost Dog et on se met à rêver. Quand on rajoute à cela que Tilda Swinton, Tom Hiddleston, John Hurt et Mia Wasikowska accompagne Jarmush dans cette aventure…
NEBRASKA de Alexander Payne (1h50)
Après Sideways et surtout The Descendants, le réalisateur américain Alexander Payne a apparemment fait une pause sur des projets à dimension oscarisable avec Nebraska. Un père et son fils partis sur les routes entre le Montana et le Nebraska. Road-movie filmé en scope et en noir et blanc avec le légendaire (qui, ironie de l’histoire de ce 66è Festival faisait partie du Gatsby le Magnifique de Tom Buchanan avec Robert Redford en 74), Nebraska a une vraie gueule de (très) bonne surprise.
LA VENUS A LA FOURRURE de Roman Polanski (1h30)
Il était parti pourtant un poil tard dans la course à la Sélection Cannoise – la production a démarré fin novembre 2012 – c’est LA bonne surprise de cette Compétition 2013 (Cette Venus de Polanski trônait d’ailleurs en tête de notre Top 100 des candidats pour le Festival 2013 en février dernier), l’excitante adaptation de l’oeuvre érotique de Leopold Sacher-Masoch (le “masochisme”, c’est lui) La Venus à la Fourrure par le maître Roman Polanski avec Emmanuelle Seignier et Mathieu Amalric (remplaçant au pied levé de Louis Garrel).
BEHIND THE CANDELABRA (MA VIE AVEC LIBERACE) de Steven Soderbergh (1h58)
Estampillé HBO Films, Behind the Candelabra du stakhanoviste Soderbergh (Side Effects est présenté à la Berlinale 2013 en février) a déjà défrayé la chronique avant même sa sortie américaine. Soderbergh ne souhaitait – pour ce qu’il présente comme son “dernier film” – qu’une présentation Hors Compétition, Thierry Frémaux a insisté et Steven a accepté. Jugé “trop gay” pour être distribué dans les salles outre-atlantique – alors même que les premiers échos font état d’une atmosphère très sombre -, le film qui raconte la longue et tempétueuse relation du pianiste Liberace (Michael Douglas) avec son jeune amant, Scott Thorson (Matt Damon) sera directement diffusé sur HBO aux Etats-Unis (sans passer par la case sortie en salles outre-atlantique). La sortie mondiale est déjà amorcée, ARP a déjà prévue sa sortie France en septembre.
LA GRANDE BELLEZZA (THE GREAT BEAUTY) de Paolo Sorrentino (2h30)
Paolo Sorrentino est l’un des symboles de la gouvernance Frémaux à la tête de la Sélection Officielle cannoise. Du très bon (Il Divo, 2008) aux plus contestables (This Must be the Place, 2011), tous les longs métrages de Paolo Sorrentino ont trouvé place dans la catégorie reine de la Compétition. La Grande Bellezza ne devrait pas faire exception à la règle pour le retour de Paolo Sorrentino à Rome aux côtés de l’immense Toni Servillo. Ambiance Dolce Vita et douceur romaine attendues dans ce portrait d’un écrivain à succès en panne d’inspiration.
BORGMAN de Alex van Warmerdam (1h58)
S’il y a bien un film que personne n’avait vu venir c’est bien celui-là. Et encore moins dans la reine des sélections de la Croisette. Le néerlandais Alex van Warmerdam, cinéaste exigeant hanté par la peinture et diplômé de graphisme, est un formaliste. Auteur du culte Les Habitants (1992), van Warmerdam présente ce Borgman comme un “thriller horrifique teinté d’humour noir” dans lequel un vagabond vient déglinguer la vie tranquille d’un couple de bourgeois bien installée. L’acteur principal de Borgman est une des grandes figures du théâtre flamand, Jan Bijvoet.