« Sound of Falling » de Mascha Schilinski a posé les bases d’un festival où l’on ne va pas venir pour amuser la galerie
SOUND OF FALLING
Mascha Schilinski (All) Compétition
Débarqué à Cannes précédé d’une rumeur de chef-d’oeuvre qui ne désemplit pas depuis son vol à l’arraché au nez et à la barbe des sélectionneurs berlinois au début de l’année qui en avait fait la figure de proue de leur compétition. Le deuxième film de Mascha Schilinski dont le nom n’avait encore été punaisé sur aucune carte cinéma à suivre, devait en avaoir dans le ventre pour supporter telle attente. Pari réussi, le film pose les bases d’une compète dans les hautes sphères. Passée une installation sidérante, Schilinski déploie un récit de méandres fantômatiques et de souffrances au féminin qui aurait avalé à lui seul Balagov et Sofia Coppola d’une traite. Arraché par mk2 pour la vente et Diaphana pour la sortie en salle en France, Sound of Falling suit quatre jeunes filles à quatre époques différentes sur près d’un siècle à partir de la fin du XIXème. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre. Un grand récit d’apprentissage qui mettra à l’épreuve le déterminisme et leurs idéaux. Parmi les images les plus fortes vues depuis le début des hostilités.
cannes 2025 // compétition // diaphana // prochainement en salle
PARTIR UN JOUR
Amélie Bonnin (Fra) Hors compétition – ouverture
Le film avait été de chances de faire l’ouverture de Cannes que moi celle de devenir pro en NBA. RomCom du Loir-et-Cher sans le moindre intérêt sinon celui de revoir Dominique Blanc sur un grand écran, le film a permis de vivre un de ces grands instantanés cannois, la tête des coréens autour de moi dans la grande salle Lumière au moment du moment « Etchebest ». Savoureux. Car oui il y est question de cuisine. Enfin, alors que Cécile s’apprête à ouvrir son propre restaurant gastronomique et à réaliser enfin son rêve, elle doit rentrer en catastrophe dans son village natal suite à l’infarctus de son père. Loin du bourdonnement de la vie parisienne, elle recroise par hasard son amour d’enfance ; ses souvenirs ressurgissent alors et ses certitudes vacillent… Ah si autre gros point positif de Partir un jour, celui de n’avoir qu’une seule envie sitôt le pied posé hors de Cannes : voir, revoir et revoir encore On connaît la chanson d’Alain Resnais.
cannes 2025 // hors compétition // pathé // actuellement en salle
ENZO
Laurent Cantet, Robin Campillo (Fra) Quinzaine des Cinéastes
On s’y attendait. Émotion intense pour Robin Campillo sur la scène du Théâtre Croisette au moment d’ouvrir la 58ème Quinzaine des Cinéastes. Encore davantage au moment du générique à l’apparition de « Un film de Laurent Cantet » puis « Réalisé par Robin Campillo ». Malgré la disparition de Laurent Cantet en avril 2024, le projet est allé au bout. Juste avant de mourir, c’est Cantet lui-même qui a pu annoncer aux deux révélations du film (Maksym Slivinskyi et surtout Eloy Pohu) qu’ils étaient choisis pour le rôle d’Enzo et de Vlad. Enzo, 16 ans, est apprenti maçon à La Ciotat. Pressé par son père qui le voyait faire des études supérieures, le jeune homme cherche à échapper au cadre confortable mais étouffant de la villa familiale. C’est sur les chantiers, au contact de Vlad, un collègue ukrainien, qu’Enzo va entrevoir un nouvel horizon. Fidélité aussi du côté de Pierfrancesco Favino et Elodie Bouchez qui ont poursuivi l’aventure. Sous des airs de narration simplistes, chaque personnage prend corps, même les plus petits (Malou Khebizi en tête).
cannes 2025 // quinzaine des cinéastes // ad vitam // le 17 septembre au cinéma
L’INTÉRÊT D’ADAM
Laura Wandel (Bel) Semaine de la Critique
On en attendait certainement trop. Après le percutant Un Monde, la Belge Laura Wandel revient à Cannes avec L’Intérêt d’Adam réunissant un duo d’actrices de tout premier ordre, Léa Drucker et Anamaria Vartolomei. Adam, 4 ans, est hospitalisé pour malnutrition à la suite d’une décision de justice. Lucy, l’infirmière en chef autorise la mère d’Adam à rester auprès de son fils au-delà des heures de visite fixées par le juge. Mais la situation se complique quand celle-ci refuse une nouvelle fois de quitter son fils. Dans l’intérêt de l’enfant, Lucy fera tout pour venir en aide à cette mère en détresse. Première énorme déception à l’arrivée. Des personnages en mode monolithes perdus et enfermés dans un dispositif plan-séquencé vu et rebâché jusqu’à la nausée. Comme la critique d’un système hospitalier aux abois du reste. Mi-thriller Mi-drame social de l’intime au final un résultat de 76 minutes minimes. Pout la stratégie de sortie, Alexandre Mallet-Guy l’a confié sans se cacher. « On a un film ténu, un thriller haletant d’1h15, le succès de L’Histoire de Souleymane nous rappelle cette histoire, on l’a daté en octobre à la même date »…
cannes 2025 // semaine de la critique // memento // en octobre au cinéma
DEUX PROCUREURS
Sergei Loznitsa (Ukr) Compétition
Le grand maître documentariste ukrainien est enfin de retour aux affaires dans le domaine de la fiction. C’est dans cet exercice du reste qu’il a connu un quasi grand chelem en compétition cannoise. Avec le souvenir de son chef-d’oeuvre Une Femme douce. Pour Deux procureurs Sergei Loznitsa s’est emparé des écrits de l’auteur russe Georgi Demidov pour déployer un drame situé juste avant le début de la Seconde Guerre Mondiale pendant les grandes purges staliniennes. Il y dresse le portrait d’un procureur rebel (l’acteur Alexandre Kuznetsov déjà vu chez Serebrennikov et Rachel Lang (Leto, Mon légionnaire et bientôt Mata) aux prises avec la nomenklatura stalinienne. C’est dans un dispositif théâtral dénué de tout effet que n’aurait pas boudé Claude Régy que Loznitsa a choisi de camper sa descente aux enfers kafkaïenne. Loin de l’onirisme de Une Femme douce, Deux Procureurs enfonce pendant deux heures son clou vicié dans la machine sociétique à broyer les âmes et les corps. Théorique et implacable.
cannes 2025 // coméptition // pyramide // le 24 septembre au cinéma






