1er volet de la liste Wask des 100 films pour Cannes 2025
100
13 JOURS, 13 NUITS
Martin Bourboulon (france)
Juste après le dyptique des Trois Mousquetaires (dont on attend l’épilogue « Vingt ans après »), Martin Bourboulon a pris du champ sur les capes et les épées en mettant en boîte son sixième film, 13 jours, 13 nuits au coeur de l’exfiltration spectaculaire de plusieurs milliers de ressortissants français via l’Ambassade à Kaboul durant l’été 2021. Adapté du livre-témoignage éponyme de Mohamed Bida (avec Alexandre Smia), avec Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Sidse Babett Knudsen et Christophe Montenez dans les rôles-titres, le scénario plonge à Kaboul alors que les Talibans prennent d’assaut la capitale. Au milieu d’un chaos indescriptible, et alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter le territoire, le commandant Mohamed Bida et ses hommes assurent la sécurité de l’Ambassade de France. Pris au piège, il décide de négocier directement avec les fondamentalistes pour organiser un convoi de la dernière chance avec l’aide d’une jeune traductrice franco-afghane. Une course contre la montre s’engage pour conduire les évacués jusqu’à l’aéroport et fuir l’enfer de Kaboul avant qu’il ne soit trop tard… Cette nouvelle production maison menée par Dimitri Rassam (Chapter 2) avec Pathé a déjà annoncé une sortie ambitieuse cet été avec des espoirs de rafler un prestigieux slot hors compétition pour lancer ce projet à de 30 millions d’euros de budget à la manière l’année dernière du succès Le Comte de Monte Cristo.
potentiel // hors compétition
99
BARDOT
Alain Berliner (belgique)
Après un accident respiratoire inquiétant à l’été 2023, l’icône Brigitte Bardot s’est résolue à ralentir toutes ses activités. Elle vit une retraite paisible recluse dans sa Madrague de Saint-Tropez. Seuls ses combats contre la maltraitance animale et ses réactions aux disparitions un à un de ses proches et amis (Delon le dernier en date) viennent interrompre sa routine toute azuréenne. Premier film mis en production par Timpelpictures de Nicolas Bary, Bardot, réalisé par Alain Berliner, ambitionne de tirer le portrait de celle qui a choisi, après avoir été considéré comme l’un des plus grands sex-symboles de la culture contemporaine, de se mettre en retrait de la scène médiatique et cinématographique au début des années 1970, au firmament de sa carrière. Le film promet d’inclure l’un des derniers entretiens exclusifs avec la star de 90 printemps avec des témoignages de figures aussi éclectiques que celle de Claude Lelouch, l’ex top-model Naomi Campbell, le journaliste Hugo Clément ou encore l’artiste et plasticienne Marina Abramovic.
potentiel // cannes classics
98
AUTOSCOPIE
Nicolas Charlet, Bruno Lavaine (france)
Si Quentin Dupieux avait deux oncles, ils se prénommeraient sans doute Nicolas et Bruno. Passé au rang de culte à la faveur de la pastille télévisuelle « Message à caractère informatif » diffusée sur Canal+ à la fin des années 1990, le duo s’est fait remarquer sur le grand écran avec deux essais cinématographiques iconoclastes (La Personne aux deux personnes avec Alain Chabat puis Le Grand méchant loup). Ces dernières semaines, ils ont mis la touche finale à Autoscopie, tout droit sorti de leur Absurdie natale. Jugez plutôt. C’est l’histoire d’Alex. Alex n’a jamais été aussi heureux de sa vie. Il vit dans son petit pavillon quand survient l’emménagement d’un nouveau voisin. Petit détail qui a son importance, le voisin en question est son sosie parfait. Sauf que ce type, Axel, qu’Alex est le seul à reconnaitre comme son sosie mais avec des cheveux, s’avère être à l’exact opposé de ses choix et de son mode de vie. Ou le problème n’est-il pas que ce double est juste mieux que lui ? Une promiscuité qui va très vite virer à l’obsession et à la crise existentielle. Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize et Zabou Breitman.
potentiel // quinzaine des cinéastes
97
AMÉLIE ET LA MÉTAPHYSIQUE DES TUBES
Maïlys Vallade, Liane-Cho Han (france) 1er film
Après le parcours exemplaire de Flow démarré l’an dernier à Debussy en sélection Un Certain Regard, Cannes garde une certaine attractivité pour les projets d’animation les plus ambitieux. Premier candidat listé dans les 100 films 2025 j’ai nommé Amélie et la Métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han. Produit par la même équipe que Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary, ce premier film est l’adaptation d’un des romans les plus connus d’Amélie Nothomb « Métaphysique des tubes ». Le film est centré sur la petite Amélie qui se décrit jusqu’à ses deux ans et demi comme un tube digestif inerte et végétatif. S’ensuit la découverte du langage, des parents, des frères et sœurs, du jardin paradisiaque, des passions (le Japon et l’eau), des dégoûts (les carpes), des saisons et du temps. Cette variation peu commune devait se dévoiler en salle en décembre dernier. Un report de sortie annoncé par Haut et Court a suscité toutes les spéculations… stratégie, post-production ou invitation en festival ? Premières réponses le 10 avril prochain.
potentiel // un certain regard
96
OLIVIA (titre provisoire)
Irene Iborra (espagne) 1er film
Coïncidence du classement, un deuxième film d’animation (encore un premier long métrage) pointe le bout de son nez dans ce premier volet des 100 films 2025. Celui de l’Espagnole Irene Iborra tourné image par image en stop motion intitulé provisoirement Olivia, adaptation du roman La pelicula de la vida de Maite Carranza. Avec la voix de l’actrice Emma Suarez (Julieta, Les Filles d’Avril), le film raconte comment, après une expulsion inévitable, Olivia, son petit frère Tim et sa mère Ingrid se retrouvent à occuper un appartement vide dans un quartier de banlieue. Ingrid, de nature optimiste, perd toute son énergie et Olivia se voit contrainte de la remplacer en s’occupant d’elle-même et du petit toute seule. Pour cacher sa peur et protéger son frère de la réalité, elle lui dit qu’ils tournent en fait un film. Cependant, ce mensonge inventé pour les protéger se met à l’angoisser aussi, générant des tremblements de terre étranges qui la font tomber continuellement. Heureusement, très vite, une famille-communauté très spéciale se constitue autour d’eux qui va lui apprendre à se relever après être tombée et à faire face à l’adversité. Parce qu’on ne peut pas toujours contrôler ce qui nous arrive, mais on peut bel et bien choisir la manière dont on le vit.
potentiel // séance spéciale
95
LA DANSE DES RENARDS
Valéry Carnoy (belgique) 1er film
La plat pays a pris la bonne habitude de fournir, Cannes après Cannes, parmi les premiers films les plus forts de ces dernières sélections, de Lukas Dhont à Leonard Van Dijl (déjà distribué par Etienne Ollagnier et Sarah Chazelle et leur équipe Jour2fête) en passant par Laura Wandel. Production Hélicotronc avec Les Films du poisson, La Danse des renards signe le passage au long de Valéry Carnoy auteur d’un court drôlement remarqué Titan. Campé dans l’univers ultra contemporain et passionnant des internats de sport de haut niveau, le film met en vedette Samuel Kircher (L’Eté dernier) dans le rôle de Camille, jeune boxeur virtuose fraîchement sacré champion de France, qui voit sa vie basculer quand il est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo (incarné par le nouveau venu Faycal Anaflous). Embarquant avec lui aussi le Belge Yoann Blanc et l’acteur et réalisateur Jean-Baptiste Durand (dans le rôle de l’entraîneur de boxe), Valéry Carnoy continue à explorer les jeunes masculinités, les injonctions des amitiés sincères et toxiques, et les pressions d’un système établi.
potentiel // un certain regard
94 ex aequo
SONS OF THE NEON NIGHT
Juno Mak (Hong-Kong)
En place 94, deux films classés ex aequo capés pour solliciter une place en séance de minuit. Le premier d’entre eux s’appelle Sons of the Neon Night, un projet qui, après une dizaine d’années de préparation, s’annonce comme l’un des films les plus ambitieux de l’histoire du cinéma hong-kongais (50 millions de dollars de budget). Au volant de cette aventure hors norme on retrouve l’artiste pluri-disciplinaire Juno Mak révélé à Venise en 2013 avec l’horrifique Rigor Mortis. Annoncé comme un drame policier très stylisé dans un Hong-Kong futuriste, le film sucitera une dernière curiosité et non des moindres puisque Sons ot the Neon Night bénéficiera de la dernière composition musicale de Ryuichi Sakamoto.
potentiel // hors compétition – séance de minuit
94 ex aequo
MICHAEL
Antoine Fuqua (états-unis)
Dans la récente tradition des portraits filmiques musicaux en séance de minuit, on se souvient de Gimmy Danger de Jim Jarmusch consacré à Iggy Pop ou encore le documentaire sur Amy Winehouse par Asif Kapadia. Dans les starting cette année Michael le bien-nommé film sur Michael Jackson préparé par Antoine Fuqua. Difficile de trouver figure plus symbolique de la pop-culture symbole tout à la fois de génie, de mystère et de scandale. Film « autorisé » par la famille Jackson, les ayant droits ont attentivement suivi le processus de création et même concédé pour l’occasion l’utilisation des tubes de l’auteur de « Thriller ». Le prix d’une légende à réhabiliter ?
potentiel // hors compétition – séance de minuit
93
GOD WILL NOT HELP
Hana Jusic (croatie)
Voici un deuxième long-métrage récemment soumis aux différents comités et qui s’annonce d’une grande maîtrise formelle et narrative. Les tout premiers échos font état d’une ambition à la mesure d’un film comme Godland de l’Islandais Hlynur Pálmason. Dans God Will Not Help la cinéaste Hana Jusic y raconte l’histoire au début du 20ème siècle d’une veuve chilienne (interprétée par l’actrice et réalisatrice Manuela Martelli) qui se rend en Europe centrale dans le pays de son défunt mari pour y rencontrer sa belle-famille. Une arrivée qui va semer le trouble dans cette communauté d’éleveurs isolée du monde extérieur. Après un premier long remarqué aux Venice Days en 2016 (Qui Staring at my Plate), la réalisatrice croate pourrait bien découvrir la Croisette avec God Will Not Help.
potentiel // quinzaine des cinéastes
92
LA VENUE DE L’AVENIR
Cédric Klapisch (france)
Pendant quelques jours, la rumeur a enflé que StudioCanal cravachait dur pour placer La Venue de l’avenir ouverture le 13 mai prochain calant ainsi sa date de sortie dans les salles françaises le même jour. Si une sortie avant la fin du printemps n’est pas exclue, les chances de voir le nouveau Klapisch en ouverture sont quasi-nulles. Mais sa place quelque part en sélection officielle serait bien sécurisée d’après mes informations. Coécrit avec Santiago Amigorena (duo nommé aux César pour En corps), le scénario a pour cadre le Paris haussmannien de la fin du 19ème siècle en miroir de celui d’aujourd’hui. Le film démarre quand une trentaine de personnes issues d’une même famille apprennent qu’ils vont recevoir en héritage une maison abandonnée depuis des années. Quatre d’entre eux sont chargés d’en faire l’état des lieux. Ces lointains « cousins » vont alors découvrir des trésors cachés et se retrouver sur les traces d’une mystérieuse Adèle qui a quitté sa Normandie natale à 20 ans. On retrouve Adèle à Paris en 1895, au moment où cette ville est en pleine révolution industrielle et culturelle. Pour les quatre cousins, ce voyage introspectif dans leur généalogie va leur faire découvrir ce moment si particulier de la fin du 19ème siècle où la photographie s’inventait et l’impressionnisme naissait. Avec un beau tapis rouge de prévu : Suzanne Lindon, Abraham Wapler, Julia Piaton, Vincent Macaigne, Zinedine Soualem, Paul Kircher, Vassili Schneider, Sara Giraudeau et Cécile de France.
potentiel // cannes première
91
A USEFUL GHOST
Ratchapoom Boonbunchachoke (thaïlande) 1er film
Voilà l’un des premiers films les plus convoités en coulisses. Distributeurs, vendeurs et comités sont à la lutte pour attirer dans leurs filets A Useful Ghost, premier long métrage du Thaïlandais Ratchapoom Boonbunchachoke. Avec Davika Hoorne, popularisée dans Pee Mak, dans le rôle d’une femme fantôme, le film a suivi un parcours sans fautes dans les différents forums de coproduction où il est passé. Comme son illustre compatriote Apichatpong Weerasethakul, Boonbunchachoke n’a pas peur de voyager entre réel et surnaturel. Le cinéaste confiait que « les Thaïlandais utilisent toujours la poussière de manière allégorique à propos des personnes qui sont injustement sous-traitées. Avec de nombreux décès, meurtres et disparitions forcées non résolus, le pays est hanté par ses propres fantômes. » Pas de surprises donc à lire que ce personnage de femme-fantôme revient après la mort pour posséder l’aspirateur de sa famille et ainsi la protéger et la débarrasser des esprits inutiles.
potentiel // quinzaine des cinéastes
90
THE CHRONOLOGY OF WATER
Kristen Stewart (états-unis) 1er film
Elle a déjà connu les honneurs de la sélection cannoise derrière la caméra avec la sélection de son court Come Swim en 2017, le passage au long s’annonce pour Kristen Stewart. À date, il restait encore des doutes sur la finalisation à temps pour Cannes de son premier long The Chronology of Water. Tête de gondole de l’impressionnant line-up des Films du Losange, le film est une adaptation du livre autobiographique de Lidia Yuknavitch qui retrace son parcours, depuis son enfance marquée par les agressions incestueuses de son père et la natation portée à un haut niveau. Avec Imogen Poots dans ce rôle de jeune femme déchirée entre un cercle familial baigné de violence et d’alcool et les envies d’ailleurs à travers son apprentissage du métier d’écrivain et de journaliste et l’exploration de son rapport au corps féminin et à la bisexualité.
potentiel // un certain regard
89
IN THE SHADOWS OF GOOD FORTUNE
Babatunde Apalowo (nigéria)
Si la préparation des 100 films pour Cannes est d’abord l’occasion de faire le panorama le plus complet de l’offre art et essai de l’année à venir, c’est aussi placer son thermomètre et sentir ces territoires émergents. Cette année force est de constater qu’il se passe quelques chose du côté du pays le plus peuple du continent africain et sa mégapole Lagos. Premier des deux films nigérians présents dans les 100 cette année, In The Shadows of Good Fortune est le deuxième film de Babatunde Apalowo (lauréat du prix Teddy en sélection Panorama à Berlin en 2023 avec Toutes les couleurs du monde). Parmi les projets fortement remarqués en décembre dernier aux Ateliers de Marrakech, le film raconte l’histoire d’un couple qui apprend dans le même temps qu’ils attendent un nouvel enfant et que leur fille aînée est atteinte d’une maladie grave. Profondément sensibilisé dès son enfance par la pression sociale nigériane concernant le désir (et l’obligation) d’avoir des héritiers masculins, le réalisateur conte à travers l’histoire d’Emeka et Lola les attentes d’un patriarcat ancestral qui s’immisce jusque dans les relations les plus intimes, en influençant subtilement les désirs, les peurs et les décisions.
potentiel // un certain regard
88
QUEENS OF THE DEAD
Tina Romero (états-unis) 1er film
Après les Cronenberg et les Argento, tient-on là une nouvelle dynastie de cinéma de genre ? Place 88 v’là Tina Romero, j’ai nommé la fille du maître George disparu en 2017. Quoi d’autres qu’un film de zombies aurait pu commettre la digne héritière de l’initiateur de La Nuit des morts vivants et Dawn of The Dead ? Film queer dans le monde des drags à New York, les Queens of The Dead bénéficient d’une musique des Canadiens de Blitz//Berlin et d’un casting déjanté. Aux dernières nouvelles, le film, qui lorgnerait davantage vers du John Cameron Mitchell que vers Romero père, avait plus de chance de se retrouver à la Quinzaine plutôt que dans un slot naturel en séance de minuit. Allez je vous laisse pour finir avec le pitch glané chez Charades : lorsqu’une apocalypse zombie éclate à Brooklyn le soir d’une gigantesque fête dans un entrepôt, un groupe éclectique de drag queens, de jeunes des clubs et d’amis doit mettre de côté ses problèmes et utiliser ses compétences uniques pour lutter contre les morts-vivants assoiffés de cerveaux et de scrolling.
potentiel // quinzaine des cinéastes
87
LE MYSTÉRIEUX REGARD DU FLAMAND ROSE
Diego Céspedes (chili) 1er film
« Je souhaite m’inscrire dans une sorte de nouvelle vague d’artistes chilien(ne)s qui se réapproprient les mythes et les légendes typiques de notre pays, sans en omettre la dimension politique » c’est par ses mots que le jeune cinéaste Diego Céspedes présente son travail quand on lui demande de raconter Le Mystérieux regard du flamand rose. Après un court métrage passé par la Cinéfondation, ce premier opus au format long vient d’assurer sa place à Cannes d’après les derniers échos. Le film propulsé par Damien Megherbi et Justin Pechberty via Les Valseurs et soutenu en coproduction par Arte, démarre ainsi : 1984, alors qu’une maladie inconnue commence à se propager dans une petite ville minière du désert chilien, on accuse les hommes gays de la transmettre par le regard. Lidia, douze ans, est la seule fille de la communauté. Quand son frère tombe malade, elle se lance à la recherche de la vérité..
potentiel // semaine de la critique
86
L’ÂGE MÛR
Jean-Benoît Ugeux (belgique) 1er film
Jean-Benoît Ugeux est un acteur de génie. De ces seconds rôles dont on ne se lasse pas d’oublier le nom mais qui, à chaque apparition – au cinéma, à la télévision ou au théâtre -, nous joue cette petite musique « ah oui lui je l’adore ». Auteur, en parallèle de sa carrière de comédien, de nombreux courts métrages dont certains repartis des Magritte avec leur petite statuette sous le bras, Ugeux semble avoir enfin mis un point final à L’Âge mûr, son premier long métrage. L’histoire de Ludovic, un architecte quarantenaire à qui tout réussit, et qui commence une idylle avec Nathalie, mère de deux jeunes filles. Au fur et à mesure que se tisse leur amour naissant, Ludovic rencontre ses deux adolescentes avec lesquelles il noue des rapports de complicité inédits pour lui. Mais lorsque Nathalie décide de prendre ses distances avec Ludovic, ce dernier sent qu’il perd quelque chose qui le dépasse, un sentiment de paternité qui l’a rendu tellement heureux et serein. Avec Jean-Benoît Ugeux himself dans le rôle de Ludovic et aussi Ruth Becquart, Laurent Capelluto et Catherine Salée pour l’accompagner.
potentiel // semaine de la critique (clôture)
85
L’AVENTURA
Sophie Letourneur (france)
Protégé par Bénédicte Thomas chez Arizona Films, L’Aventura est le deuxième volet de la trilogie « familiale » de Sophie Letourneur entamée avec Voyages en Italie. Coupable d’une filmographie parmi les plus atypiques et singulières dans le paysage francophone, tous les faisceaux indiquent que ce (déjà) sixième film devrait enfin lui permettre de connaître les honneurs d’une belle sélection cannoise. Interrogée dans les Cahiers du cinéma en janvier 2025, elle confiait « j’ai conçu L’Aventura à partir d’enregistrements personnels avec mon compagnon et mes enfants. Cela fait très longtemps que je voulais filmer des enfants, et en particulier cette espèce de monstre qu’est l’intimité d’une famille en vacances, sa fatigue, sa violence, sa cruauté : quasiment un trip psychédélique, une hallucination du quotidien. J’ai beau partir d’une matière personnelle, une fois remodelée elle devient tout autre chose qu’une archive. » Toujours avec l’irrésistible complicité de Philippe Katerine dans le rôle de (son) mari.
potentiel // quinzaine des cinéastes
84
MARIE ET JOLIE
Erige Sehiri (tunisie)
Après les travailleuses des champs en Tunisie filmées Sous les figues à la Quinzaine des Cinéastes, Erige Sehiri postule à une nouvelle place de choix sur la Croisette avec Marie et Jolie cette fois du côté de la Côte d’Ivoire, avec Aïssa Maïga et Laetitia Ky (Disco Boy), Marie est une Ivoirienne de 40 ans installée en Tunisie depuis une dizaine d’années. Elle partage sa vie entre son métier de journaliste et sa vocation de pasteur évangéliste. Moderne et engagée, elle accueille chez elle des femmes dont la situation est fragile. Comme Nané, une jeune maman dont le passeport a été confisqué par son employeuse, et Jolie, une artiste prometteuse en situation précaire, dont le père ordonne le retour en Côte d’Ivoire. Démarrent alors les aventures d’un trio détonnant riche de roublardise, inventivité et humour. Mais les récentes tensions entre les Subsahariens, les Tunisiens et la police vont venir bouleverser cet équilibre précaire. Elles vont devoir faire des choix. « Comme dans mon précédent film, ce qui m’intéresse avant tout est de partager et faire vivre les histoires et les destins que j’ai croisés. Raconter l’envers d’un milieu en dévoilant les dessous d’un métier ou d’une vocation ancrée dans un contexte socio-politique fragile. Dévoiler un univers spécifique aux personnages authentiques. Insuffler une âme aux statistiques habituelles. Mêler les dialogues et les silences entendus à ceux que j’ai imaginés. Habitée moi-même par une foi en notre capacité à créer, même dans les moments difficiles, je souhaite transmettre l’énergie qui habite l’humain, retranscrire la dynamique qui se met en place grâce aux croyances, quelles qu’elles soient. En travaillant avec des comédiens et des acteurs de la vie, en créant à travers nos échanges un film à la frontière mouvante entre réalité et fiction. C’est dans cet espace délicat, collectif et intime que je cherche le cinéma. » précise la cinéaste.
potentiel // un certain regard
83
METEORS
Hubert Charuel (france)
Après le succès de Petit paysan, Hubert Charuel s’est à nouveau attelé à l’écriture avec la complicité de Claude Le Pape. Même si les détails de l’intrigue restent secrets pour l’heure, on sait néanmoins que le film sera centré sur les retrouvailles à l’âge adulte de trois amis d’enfance, dont l’un est journaliste freelance. Le choix des trois acteurs est synonyme d’envie pour l’auteur de ces quelques lignes : Paul Kircher, Idir Azougli et Salif Cissé. Un dernier indice glané sur le projet : à l’origine les scénaristes avaient d’abord travaillé sur un projet de série au titre éponyme et dans laquelle une météorite allait tomber sur la ville du protagoniste sept jours plus tard. Après la Semaine de la Critique, direction Debussy ?
potentiel // un certain regard
82
MA FRÈRE
Lise Akoka, Romane Gueret (france)
Si Hubert Charuel a laissé huit années entre ses deux premiers films, les réalisatrices Lise Akoka et Romane Guéret sont déjà prêtes à dévoiler Ma frère, leur deuxième film depuis le succès Les Pires primé Un Certain Regard en 2022 (avec la révélation Mallory Wanecque dans un de ses premiers rôles). Coécrit avec Catherine Paillé, le projet est une sorte de suite cinématographique de la web-série Tu préfères qui les a fait connaître en 2020. L’intrigue démarre à Paris, dans un quartier populaire du 19ème arrondissement. Shai et Djeneba ont 19 ans et sont copines depuis toujours. L’une est encombrée par une famille étouffante. L’autre par une trop grande solitude. Le temps d’un été, animatrices dans une colonie de vacances, loin des tours au pied desquelles elles ont grandi, elles sont officiellement responsables d’une tribu d’enfants de 6 à 10 ans. À l’aube de l’âge adulte, elles vont devoir faire des choix pour grandir et réinventer leur amitié. Avec Fanta Kebe, Zakaria Lazab et Pierre Grimaux, la distribution est menée par la future révélation Shirel Nataf.
potentiel // semaine de la critique (ouverture)
81
SOTTO LE NUVOLE
Gianfranco Rosi (italie)
Un gros morceau en guise de dernier amuse-bouche pour clore ce premier épisode. Ils sont rares les cinéastes qui peuvent se targuer d’avoir glané en six films, un Lion d’or, un Ours d’or, et zéros invitations en compétition à Cannes. Gianfranco Rosi fait donc partie de cette catégorie-là, sans doute un cas unique. La faute certainement à la place mineure dévolue aux documentaires dans la section reine. Passé sous les radars, le cinéaste italien a bouclé Sotto le Nuvole, documentaire tourné dans un sublime noir & blanc avec le territoire majestueux du Vésuve en toile de fond. Entre archéologie, mythe fondateur et terre sismique, le volcan napolitain devient le lieu idéal pour une tragédie antique revisitée où la vie ne tient qu’à un fil. Dans une année italienne en demi-teinte en terme de propositions de premier plan, pourquoi pas l’année Rosi à Cannes.
potentiel // compétition









